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[Concours] Histoire de vampires - textes

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1 - L'art de sang 0%0%0% 0% [0]
2 - Dernier conte 4%4%4% 4% [1]
3 - Parthénogénèse 8%8%8% 8% [2]
4 - Mesure pour mesure 30%30%30% 30% [7]
5 - V473 17%17%17% 17% [4]
6 - Lien de sang 4%4%4% 4% [1]
7 - Une dernière aube 8%8%8% 8% [2]
8 - Vivante 8%8%8% 8% [2]
9 - La ruelle du fou 17%17%17% 17% [4]
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 09:43
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VOici les textes participant au concours "histoire de vampires"

Ils sont visibles ICI en html

L'ensemble est regroupé dans un fichier .rtf LA

Et pour les amoureux des quotes :razz: :

1er texte :

Citation :
L’art de sang



Depuis quand cela a-t-il commencé ? Je me souviens… Au début, il n’y avait que moi et la peinture, moi et la noirceur de mes œuvres, qui n’étaient que l’expression de ce qu’il y avait en moi… Puis il y a eu cette femme, si belle, son regard semblait lire en moi, elle me transperçait, comme si je n’avais ni vêtements ni organes. Ces yeux gris semblaient avoir vécu tant de choses. Elle était belle, froide, inaccessible, mais pour une raison que j’ignore, elle s’intéressait à mes toiles.
Je me souviens de ce soir, où elle est apparue à la porte de mon atelier, semblant venir de nulle part. Elle m’a dit avoir entendu parler de mon travail et que cela pourrait la toucher. Je venais de finir un tableau, pourquoi pas ? Et puis quelque chose d’étrange se dégageait d’elle. Etrange, mystérieux et dangereux. Pour la première fois de ma vie j’avais peur, mais une peur dont j’ignorais l’origine. Je l’ai invitée à entrer, curieux d’en savoir plus sur elle, quelque chose me disait pourtant de m’éloigner, de lui claquer la porte au nez, mais impossible, c’était plus fort que moi.
Elle s’attarda longtemps sur chacune de mes peintures. Plus je lui livrais mes œuvres, plus elle semblait s’insinuer en moi, comme si à chaque fois elle en apprenait un peu plus sur moi. Elle ne parlait pas, pourtant à certains moments, j’ai cru distinguer de petits bruits, comme des petits gémissements de plaisirs. Mais son visage restait froid et impassible…
Après une heure d’errance dans mon atelier, elle s’approcha de moi :
« Votre travail est très … captivant. »
Elle plongea alors son regard au fond de moi et je restais là, incapable de bouger. Elle se pencha vers moi et me dit à l’oreille.
« Je te laisse deux jours pour faire un tableau de moi, si je suis satisfaite, tu seras largement récompensé. »
Puis elle se redressa et avant même que j’aie eu le temps de dire un mot, elle était déjà dehors.

Je restais seul, étourdi par cette visite. Qui était elle ? Je me sentais irrémédiablement attiré par cette femme, comme on est attiré par le danger, cette sensation grisante qui nous pousse à nous livrer alors qu’en nous une voix nous crie de partir ! Cette impression de perte de contrôle. Trop forte pour moi, je brûlais déjà.
Je me suis alors jeté sur une toile vierge et j’ai commencé à peindre. Pendant de longues heures, sans éprouver ni la faim, ni la fatigue, tout en moi n’était plus qu’elle, cette œuvre serait sans doute la plus belle, j’étais mu par un désir profond, une impression que tout mon être n’avait été crée que pour l’accomplissement de cette tâche.
Une fois mon tableau achevé, j’étais vidé, je me suis allongé et j’ai dormi. Dans mon sommeil, je la voyais, elle était à côté de moi, son regard me transperçait, mais je n’avais pas peur.
Je me suis réveillé en sursaut ! On frappait à la porte.
Lentement je me suis levé. Pas besoin de me demander qui c’était, je savais que c’était elle.
Elle entra et se dirigea, vers ma dernière création. Elle la regarda longuement. Je m’approchai d’elle et me plaçai à ses côtés. Elle se tourna vers moi, puis très lentement fit le tour de moi. Une fois dans mon dos, elle fit doucement glisser sa main le long de mon bras, puis attrapa tendrement ma main. Elle s’approcha de mon oreille.
« C’est magnifique, que dirais tu de poursuivre ? »
Puis elle fit basculer ma tête sur le côté, et très délicatement mordilla mon oreille, puis déposa sur mon cou, un long baiser. Enfin c’est ce que je crus sur le moment. Mon sang était en ébullition, mon cœur battait à tout rompre. Elle releva la tête, léchant ses lèvres avec sa langue. Je n’avais pas mal, je n’avais plus peur. Elle lâcha ma main, puis alla s’asseoir sur mon lit. Doucement elle fit tomber légèrement sa robe, dévoilant ses épaules, puis posa son regard sur moi.
« Recommence, mais cette fois je serais ton modèle. »
Alors sans penser à rien d’autre, j’attrapai mon chevalet, disposai un nouveau tableau et la passion qui m’avait déjà envahie lors de ma dernière œuvre, fit son retour, encore plus dévorante.
Au bout d’un moment, elle se leva, la scène était presque achevée. Elle m’attrapa la main et m’emmena près du lit. Elle m’allongea, tout en prenant soit de garder ma tête entre ses mains. Tout se brouilla en moi, je ne sentais plus que le feu, mon cœur allait exploser. Je n’avais plus conscience de rien, ma seule sensation venait de ce que je pensais être un baiser à la base de mon cou, et qui provoquait en moi, cette impression d’abandon, puis elle porta quelques choses à mes lèvres, un liquide chaud et apaisant. Nos corps se mélangèrent alors, plus rien d’autres ne comptait. Je ne sais combien de temps nous sommes restés dans ce lit. Le temps me paraissait soudain si loin. De temps en temps elle me demandait de me relever, de refaire une toile. Et à chaque fois au moment où je finissais, elle m’invitait à la rejoindre sur le lit. Je n’avais jamais faim. Nos corps se mélangeaient alors et à nouveau je perdais le contrôle. Puis soudain il eut une grande douleur, plus terrible que toutes celles que j’avais pu connaître avant. Comme si on essayer de retirer mon cœur de mon corps. Je suis alors tombé dans une sorte de coma. Mon dernier souvenir est ce liquide dont elle m’abreuvait, qui pénétrait en moi pour m’insuffler la vie. Puis plus rien.

Lorsque je me suis réveillé, j’étais seul. Au pied du lit reposait sept toiles, à chaque fois différentes, toutes plus belle les une que les autres et à chaque fois il s’agissait de la femme. J’étais complètement perdu. Sans notion de temps, combien de temps s’était il écoulé depuis qu’elle avait commandé son 1er portrait … J’étais incapable de le dire.

Je me suis levé et j’ai allumé la télévision, la violence de la lumière m’arracha un petit cri de douleur. Une chance, il était vingt heure. Cela faisait presque un mois que cette femme était entrée dans ma vie. Un mois que je n’étais plus sorti de mon atelier. J’avais faim. Je me suis alors dirigé vers le frigo, mais rien n’avait résisté à l’œuvre du temps. Je me saisi d’un manteau et je pris la direction du restaurant le plus proche. Après avoir mangé comme jamais, je me rendis compte que cette nourriture ne viendrait pas à bout de ma faim ! Ma tête se mit à tourner, j’évoluai dans une sorte de brouillard. Rapidement je payai l’addition et essayai de rentrer à mon atelier. Chaque pas semblait plus dur. Que m’arrivait il ? je perdis l’équilibre, me rattrapant in extremis au mur. Puis soudain, une femme apparut devant moi. Elle me demanda si j’avais besoin d’aide. Je ne la reconnus pas tout de suite, il me fallut quelques secondes pour rassembler mes souvenirs, il s’agissait de ma voisine. Elle me souleva par le bras pour m’aider à marcher et me porta jusqu’à la porte de mon atelier. Elle prit mes clés et fit tourner la serrure. Elle réussi à m’installer sur un fauteuil. Puis chercha son portable dans son sac. Mu par ma faim, je pouvais détacher mes yeux de son cou, j’entendais les battements de son cœur comme un tambour raisonnant à côté de moi. Je la saisi alors par le bras la poussant violemment par terre. J’étais complètement incontrôlable, comme si une force s’était emparé de moi. Elle essaya de se débattre, mais ma force était bien supérieur à la sienne, bien supérieur à celle de n’importe quel homme. Je la clouai au sol et c’est à ce moment que je les sentis. Deux incisives, plus longues que mes autres dents. Guidé par une sorte d’instinct, je les plantais dans la gorge de la jeune fille, qui rapidement cessa de crier à mesure que son sang et sa vie quittait son corps. Le liquide chaud et épais coulait en moi, me redonnait force et conscience. J’avais trouvé de quoi faire taire cette faim qui me tenaillait, cette sensation était plus forte, meilleure que toutes celles que j’avais ressenties jusque là. Alors que j’en voulais encore plus, que je cherchais à étancher ma soif et combler mon plaisir, je fut projeté en arrière. Je me redressai, essuyant ma bouche d’un revers de ma main. Qui avait osé faire ça !? Je me sentais fort comme jamais, prêt à faire regretter son intervention à celui qui m’avait séparé de mon délicieux breuvage…
Mais devant moi se dressait la femme… Devrais je dire ma nouvelle mère ? Elle me dévisagea. Cette fois son regard était emplis à la fois d’une sorte de tendresse, mais aussi de colère.
« Pourquoi a-t-il fallu que tu sortes !? Tu ne sais rien de ce que tu es ! »
Alors me rapprochant d’elle, je lui dis :
« Apprends moi ! Qui suis-je ? Qu’as tu fait de moi ?»
Je n’étais pas horrifié par l’acte que je venais de commettre, cela me paraissait normal, aucun sentiment de culpabilité. J’étais un homme nouveau.
Alors ma « mère » me pris la main et m’incita à m’assoire. Puis elle raconta ce que j’étais devenu, qu’elle était son passé, combien de siècle elle avait traversé. Nous avons discuté pendant des heures et je ouvris alors ma conscience à mes nouvelles capacités, aux possibilités qui s’ouvraient à moi. Mais elle m’enseigna aussi qu’elles étaient maintenant les règles qui dicteraient ma vie, sous peine de tout perdre.
« Notre société est basée sur des règles simples qui nous garantissent le secret que nous portons en nous et qui nous permettent de vivre au milieux des humains sans être obligé de nous terrer. J’ai fait de toi un être immortel, dorénavant tu pourras explorer ton art, sans limite, mais tu ne dois jamais transgresser ses règles.»
Puis elle se leva et sans lâcher ma main, m’invita à la suivre.

Depuis, je vis au milieu des « miens » et je permets à ma peinture de s’ouvrir, de se développer. Mes tableaux sont dorénavant tous empreints de ma nouvelle nature. L’immortalité, la jeunesse, la force coulent en moi. Mais à quel prix ! Ne plus pouvoir sortir lorsque le soleil brille, ne plus pouvoir contempler mon visage, me nourrir que de sang et toujours avec cette peur d’être un jour découvert et traqué. Telle est la récompense offerte pour mon travail.



2ème texte

Citation :
Dernier conte


« Chaque jour qui passe me fait perdre un peu plus conscience de mon identité.
En attendant celui prochain où mon esprit ne luttera plus avec la volonté du Maître, mon dernier acte de rébellion consistera à coucher par écrit le récit de notre rencontre, à narrer assurément ce qui constitue la fin de notre monde.
Jusqu’à ce jour je n’avais jamais rédigé aucun de mes contes ni aucune de mes fables.

Je me prénomme Théobald Troubadour, ma vie d’avant je l’ai passé à sillonner les routes, derrière une vieille mule, à aller de tavernes de villages, en châteaux.
Seigneurs, gens du peuple et minots s’empressaient à la veillée pour entendre mes histoires peuplées de créatures fabuleuses ou maléfiques et de héros courageux.
Le Bien triomphait toujours du Mal et s’il y avait bien quelques instants d’effroi, les moments de joie et les rires étaient bien plus nombreux chez mon auditoire.
Ainsi en fût-il jusqu’à ce que le Maître et les siens tombent des étoiles.

C’était la fin de l’automne et je rejoignais la capitale de notre royaume espérant, comme à chaque année, échanger mes récits contre une place au coin du feu, lorsque j’appris l’incroyable nouvelle, lors d’une étape dans une auberge, de la bouche de commerçants rejoignant le littoral.

Venant du ciel, un oiseau de fer géant s’était posé dans la plaine au pied de la citadelle royale. Son ventre s’était ouvert, libérant des hommes au teint pâle, que notre suzerain, le bon roi Louis, s’empressa d’accueillir en sa demeure.

Fort intrigué et très enthousiaste à l’idée d’être parmi les premiers à mettre en scène cette épopée merveilleuse, je ménageais un peu moins mon fidèle destrier qu’à l’habitude, afin de rejoindre ma destination au plus tôt.
Il me fallut néanmoins pas moins de deux longues semaines pour arriver en vue des remparts de la grande ville.

Nombreux furent, sur le chemin, les colporteurs et routiers à me confirmer l’arrivée des « hommes de l’espace » et à me raconter également les évènements étranges qui suivirent.

Si récit il devait y avoir, assurément celui-ci aurait sa part de mystères, mais jamais je n’aurai pu imaginer qu’il traiterait d’une malédiction, d’un fléau qui venait de s’abattre sur nos contrées.
Ceci, je ne le devinais qu’une fois aux portes du monument ancestral où siégeait la cour, en entendant l’écho inhabituel des sabots de ma bête sur les pavés de la ville inhabitée.
A cet instant j’aurais sans doute encore pu fuir et laisser derrière moi ce qui ne tarderai pas à devenir un cauchemar, si par comble de malchance ma mule, jusqu’alors infatigable, ne s’était pas effondrée sous moi, m’emprisonnant la jambe, ajoutant à l’ambiance générale un nouveau signe néfaste.

Je tempêtais un moment, criant à ce que l’on vienne à mon secours sans obtenir de réponse, jusqu’à ce qu’un commis, à qui j’avais inculqué quelques rudiments d’écriture l’année précédente, passe là par hasard et réponde à mes cris.

Une fois dégagé, nous nous mirent en route vers la demeure royale.
En m’appuyant sur mon sauveur qui y retournait, je m’enquérais de la situation : que se passait-il ? Le castel était-il la proie d’un mal contagieux pour paraître aussi vide et abandonné ? Où était passé l’ « oiseau de fer » ?

Le jeune garçon paru effrayé, ne sachant trop quoi me raconter, me suppliant de me taire de peur que mes questions n’offusquent les valets du Maître qui assurément observaient nos faits et gestes, on ne pouvaient rien leur cacher selon ses dires.

J’essayais de le rassurer lui disant que manifestement nous étions seuls et isolés sur le chemin et que mes rapports avec le roi avaient été jusqu’ici fort amicaux, mais rien n’y fit.
Le soleil déclinait, et avec l’obscurité se faisant, sa peur ne cessait de grandir…
Je frémis moi-même en attendant des chiens sauvages hurler à la vision du disque lunaire montant dans le ciel.

Habituellement à cette époque, la capitale était en liesse, célébrant la fin de l’automne, qui coïncidait avec l’anniversaire de la princesse Aymeraude, mais en ce jour nul signe de festivités n’était visible.
Nous arrivâmes au cœur de la ville dans un palais aussi sinistre que l’étaient les rues parcourues depuis le mur d’enceinte.

A la poterne de l’entrée, aucun garde ne vint nous accueillir.
Le commis, me laissant prêt de l’âtre des cuisines où il venait d’embrocher un maigre lapin de garenne, après l’avoir dépecé grossièrement, me dit qu’il allait prévenir le maître de ma présence en ces murs.
J’espérais en moi même que le roi arriverait à m’expliquer ce qui se passait, m’étonnant quelque peu du manque de protocole.
En réalité, je ne le compris que plus tard, le propriétaire des lieux dont il était question n’était plus le même…

Un autre jeune garçon au teint maladif, que je supposais être un marmiton, à l’allure crasseuse, vint m’annoncer que l’on m’attendait dans la grande salle des banquets.
Je m’y rendis au plus vite en boitant ne voulant en aucun cas déplaire en faisant attendre mon hôte.

Ce que j’y vis ne fit que grandir en moi, le malaise qui s’était insinué depuis le coucher du soleil.
Il y régnait un calme solennel, seulement troublé par les éclats du bois brûlant dans la cheminée.
Je vis avec consternation qu’on avait commencé à brûler le riche mobilier, dont il ne restait que le strict nécessaire afin d’attabler la triste assemblée qui m’attendait.
Le trône était vide, et la vision du roi Louis en guenille, assit sur un simple banc comme la reine et la princesse, et quelques serviteurs de ma connaissance, me glaça le sang, quant bien même il régnait une chaleur étouffante dans la salle.

Le « triste sire », d’une pâleur cadavérique comme l’ensemble des convives, m’invita à m’asseoir d’une voix désincarnée entre son épouse et sa fille.
Les deux femmes, telles de véritables gourgandines, ne cessèrent de me toucher, devisant quant à la chaleur de ma peau, posant de force mes mains en des endroits où la bienséance ne le permettait pas, se pâmant du bien être que leur procurait mon contact, m’embrassant avec passion de leurs lèvres glacées.
On pouvait observer dans leurs cous et en d’autres endroits habituellement invisibles mais qui étaient offerts à ma vision bien malgré moi, la présence de morsures violacées.
Je ne tardais pas à constater que tous étaient marqués de la sorte.
Des gouttes de sang perlaient encore à certaines de ces blessures, et je vis avec horreur le roi se pencher sur son voisin pour se repaître du liquide vital, en se passant la langue sur les lèvres.

L’entrée d’un nouveau personnage mit fin aux piaillements et aux comportements scandaleux de mes compagnons de table, qui firent silence et se tournèrent extatiques vers celui qui était manifestement devenu leur raison de vivre.

Pour la première fois, le maître m’apparut.

Je ne vis tout d’abord qu’un énorme colosse au crâne rasé, à la musculature impressionnante, et à la peau couleur de craie. Puis mon regard tomba sur la créature qu’il portait avec déférence, un être chétif, d’une blancheur incroyable ; la peau de la couleur de la neige la plus pure.
Nu comme un ver, il ne paraissait ni male ni femelle de par l’absence d’organes génitaux entre ses jambes et arborait des cheveux d’un roux détonnant.
L’ensemble de ce qui restait de la cour de Louis le bon se jetèrent aux pieds de cette chose qui ne leur renvoyait pourtant que mépris à travers son regard. Tous lui présentaient leurs gorges le suppliant de lui offrir « son baiser ».

Les pupilles de ses yeux étaient d’un rouge carmin extraordinaire qui, lorsqu’elles se fixèrent sur moi, me laissèrent imaginer un âge incommensurable.
Cet être venait du fond des siècles, des abysses du temps, et ce que je devinais également, alors que mes yeux n’arrivaient plus à s’en détacher, c’est sa nature malfaisante : il était l’essence du mal.

Je me mis à hurler comprenant l’irrévocable destin qui m’attendait au moment où deux autres géants se saisirent de moi et me poussèrent vers le Maître, m’arrachant mon pourpoint de laine pour offrir mon cou veineux.
Le vieillard souriait dévoilant deux canines proéminentes. On me maintint la tête de coté jusqu’à ce que je sentisse ses dents mordre ma jugulaire.

Je ne sais, si jamais personne n’eut l’occasion de décrire ce qui se passe dés lors qu’un vampire, une créature comme mon Maître, vous offre son baiser.

A ce moment là vous ne faites plus qu’un avec lui, vous touchez du doigt l’éternité, cet ultime cadeau qu’il a le pouvoir de vous offrir, un état auquel tant d’hommes aspirent.

C’est un moment de pur extase.

Vous voyez aux travers de ces yeux son histoire, et à coté, votre courte vie ne paraît rien, il a vécu et vu tant de choses.

Sur une lointaine planète, il avait été un prince roumain qui s’étant vu ravir son amour, s’était détourné d’un Dieu en bafouant volontairement ses commandements, et qui l’avait maudit en retour.

De par son parjure, il s’était vu offrir un destin diabolique.

Exilé du monde lorsque l’astre diurne y brillait, il s’était forgé un empire une fois la nuit tombée, s’alimentant du sang d’hommes et de femmes qui lui offraient leurs services espérant une place un jour à ses cotés.
Il était mort, le temps n’avait plus prise sur lui.

Un jour, après plusieurs siècles de solitude, il avait rencontré Carmilla Harker.

Devenu asexué, il avait cependant crû éprouver un sentiment qu’il avait cru pourtant ensevelit à jamais : l’Amour.

Il lui offrit l’éternité, en lui faisant boire de son sang altéré, et connu pour la seconde fois l’ironie divine.

Carmilla devînt folle, et fit absorber son hémoglobine transcendée tant et si bien, que les morts furent bientôt plus nombreux sur Terre que les vivants.

Le secret de l’éternité n’était plus l’apanage du seul Maître, les vampires se reproduirent de façon exponentielle, jusqu’à la guerre fratricide pour contrôler la ressource du précieux liquide vermeil.

Pour survivre, il fallut partir vers les étoiles.
Libéré du temps, le vampire ne craignait pas les distances, il trouva d’autres planètes humanoïdes, sur lesquelles l’histoire originelle se répéta sans cesse…


Le maître a ainsi écumé, plusieurs planètes, avant d’arriver sur notre monde dont il repartira une fois semées les graines de sa malédiction, à moins que ce ne soit avant tout pour fuir une horde de ces « enfants » illégitimes » voulant s’approprier l’endroit. Carmilla ayant par ailleurs jurer sa perte.

Peut être aurais-je la chance, comme je le souhaite de tout mon cœur, d’être parmi ceux qui seront du voyage, car le Maître est désormais si âgé, qu’il lui faut être protégé durant son sommeil, dont il s’éveille de plus en plus affaiblit jusqu’à ce qu’il ingère le sang qui le vivifie et prolonge son existence.

Le Maître aime beaucoup que je lui raconte mes histoires et autres légendes, selon ces propres dires je le divertie. Peut être aurais-je l’infime honneur comme par exemple Stan Rice, un de ces gardes du corps, de devenir à mon tour un vampire éternel.
Quant bien même cela ne devait pas arriver, cela resterait un honneur que de vivre un moment à ses cotés à le servir.

En son hommage j’ai écris ces quelques feuillets.

Il a paru enchanté hier au soir lorsque je lui en ai parlé et m’a invité à continuer ce récit après m’avoir offert son baiser.
Les premières lignes déjà écrites lui sont parues indociles, mais il m’a dit en souriant de ne rien changer.
Ce que j’ai fait pour lui faire plaisir.

Il est mon Maître, il est tout pour moi.


Théobald Troubadour »

Document trouvé le 28 décembre 20256 sur un squelette de la planète Shambleau par le Sergent Whedon, du 5ème régiment des troupes aérospatiales lors d’une « mission de nettoyage ».


3ème texte :

Citation :
Parthénogénèse


chapitre 1
.

Elle essuya le sang sur son visage. Malgré les années et l'éducation, c'était toujours la même chose, elle ne pouvait s'empêcher d'en mettre partout quand elle mangeait. Elle jeta un regard dans la pièce et apprécia son travail d'un oeil expert. Tous ces gens réunis pour une quelconque fête familiale avaient été... savoureux. Elle salivait encore au souvenir des deux adolescents surpris en pleine action dans le vestiaire et de la petite fille aux boucles blondes qui l'avait certes fait courir, mais elle ne regrettait pas l'excès de dépense d'énergie.
Liam la regardait d'un air amusé de l'autre côté de la pièce. Il avait fini son festin depuis longtemps.
- Ma chère, c'est toujours un ravissement que de te voir dîner.
- C'est mon repas préféré, tu le sais bien.
- Angelina, tu es insatiable, et cette petite fête était... distrayante. Mais si on allait chasser maintenant ?
Les yeux d'Angelina se rétrécirent, et elle eut un grognement de plaisir.
- Je te suis, Liam. Je te suivrai toujours, tu le sais.
Elle s'était approchée de lui et elle l'embrassa fougueusement. Elle s'arracha brusquement de cette étreinte et sortit en courant. Liam la suivit.
- Non, Angelina, c'est moi qui te suivrai toujours, dit-il dans un souffle.

Dublin, 1995
In your head, in your head, zombie, zombie, zombie...
Le concert battait son plein et Liam ne regrettait pas son argent. Ce groupe, et surtout sa chanteuse, débordait d'énergie. Il n'aurait cependant pas dû boire toute cette Guinness. Un appel naturel urgent lui fit quitter la salle. Ce n'est qu'après qu'il se souvint de la douleur au cou. Sur le moment, il avait pensé avoir une attaque. Quand il se réveilla désorienté, il vit devant lui la plus belle femme du monde qui lui souriait. Il vit aussi ses canines et il replongea dans l'inconscience. Une violente claque le ramena instantanément.
- Debout, mon trésor, il faut manger.
Sa voix était suave, rauque et envoûtante. Pressante, aussi. Il se rendit compte qu'il avait faim. Sans poser de question, il se leva et la suivit. Cela durait depuis 8 ans.
Liam ne sut jamais pourquoi Angelina l'avait choisi ce soir-là. Elle-même ne le savait sûrement pas non plus. Impulsive et dangereuse Angelina. Elle chassait comme elle faisait l'amour, souvent, avec passion et entièrement. Et elle se nourrissait avec barbarie, laissant derrière elle des scènes de massacre qui faisaient la Une des journaux, mais elle s'en fichait, car personne n'osait s'avouer qui commettait ces crimes. La société d'aujourd'hui était bien trop rationnelle pour admettre leur existence, ce qui facilitait leur vie.

Angelina filait dans la nuit. Malgré son festin, elle avait encore faim. Insatiable. Insatisfaite. Implacable. Depuis des siècles et des siècles cette faim la tiraillait et rien ne l'assouvissait jamais. C'est pour cela qu'elle avait toujours été seule, la soif ne lui laissait pas le temps de s'occuper d'un enfant. Liam était son premier et probablement son dernier. Elle ne le regrettait pas cependant. Il assouvissait ces appétits sexuels qu'elle ne s'expliquait pas et il était un compagnon de festin précieux. Mais toujours la faim l'appelait et elle devait chasser. Heureusement que l'être humain croissait de façon exponentielle, sinon elle aurait probablement été à l'origine de son extinction.
Elle sentait le monstre gronder en elle. C'était lui qui avait vraiment faim, c'était pour lui qu'elle chassait. Ses yeux s'étrécirent, sa respiration s'accéléra, elle avait répéré sa proie. Un homme marchait seul dans une rue mal éclairée. Elle sentait une odeur d'alcool mais l'homme ne semblait pas ivre. Elle fit signe à Liam qui entra en scène.
- Monsieur ! Monsieur, aidez-moi, s'il vous plaît !
L'homme se retourna et se trouva nez à nez avec un jeune garçon d'une beauté éblouissante. Il lut dans ses beaux yeux gris une panique à laquelle il ne pu résister.
- Que se passe-t-il, mon garçon ?
- Il y a une femme qui me suit. J'ai refusé de la raccompagner et elle m'en veut. Elle ne comprend pas qu'elle ne m'intéresse pas.
Liam avait compris à qui il avait affaire et avait endossé le rôle du mignon du roi. Angelina l'observait de loin et souriait devant sa performance, mais il devait faire vite, la Bête voulait manger.
L'homme comprit tout de suite ce que ce beau garçon voulait dire. Il sourit.
- Ne t'inquiète pas, ma voiture n'est pas loin, viens...
- Ah vraiment, Monsieur, je ne sais comment vous remercier !
- On devrait trouver un arrangement...
Alors que l'homme sortait ses clés de sa poche, Angelina fondit sur lui en un instant et lui trancha la carotide. Le sang jaillit tel une fontaine et Angelina éclata de rire. Mais elle ne ressemblait plus à la femme que Liam connaissait. Ses yeux étaient devenus rouges, de la bave coulait de sa bouche et son rire hystérique prouvait que la Bête était de sortie. Liam avait oublié ce monstre. Il faut dire qu'il n'avait presque jamais assisté d'aussi près à la transformation car quand Angelina partait chasser, elle avait souvent fini avant qu'il ne la rattrape. Mais aujourd'hui c'était différent, Angelina l'avait attendu, et la Bête s'était montrée devant lui. C'est ce qui effrayait le plus Liam.

chapitre 2


La nuit avait gagné. Comme si la Terre elle-même s'était résignée. Le soleil avait comme disparu. Le ciel restait couvert de nuages épais retenant la lumière directe de l'astre solaire.
La nuit avait gagné et ses serviteurs jouissaient maintenant d'une totale liberté. Il faut dire qu'ils s'étaient grandement multipliés ces dernières années, comme une maladie.
Angelina était leur souveraine. Ou plutôt, la bête affamée qu'était devenue Angelina régnait sur ce monde dévasté. Il ne restait plus rien de l'élégante et séduisante jeune femme qu'elle avait été pendant tant de siècles. Outre les yeux rouges, Angelina voyait son corps tripler de volume, des écailles et des poils drus couraient sur toute sa surface mais le pire, c'était ces excroissances qui n'arrêtaient pas de pousser. En effet, lorsque la Bête eut enfin pris possession d'Angelina, elle s'était manifestée de la plus étrange des manières : les têtes de ses victimes lui poussaient comme des boutons. Et elles parlaient, criaient, pleuraient, gémissaient, implorant leur délivrance. C'était une vision cauchemardesque. Et le pire, c'est qu'Angelina ne les voyait même pas ! Elle se grattait et crevait un oeil par-ci par-là mais ne semblait pas se rendre compte de ce qui lui arrivait. Elle tenait les propos les plus futiles avec Liam, plaisantant comme autrefois. En tout cas, lorsque la Bête ne parlait pas par sa bouche. La Bête ne savait que crier, jurer et insulter. La Bête ne parlait pas, elle éructait. Et dans ces moments-là, même ses plus fidèles lieutenants préféraient s'éclipser, sauf Liam. Mais Liam n'avait pas le choix. Il était le compagnon d'Angelina et à ce titre avait reçu de la part de la Bête un cadeau d'une rare perversité : il avait la tâche d'engrosser la dame et ne pouvait s'y soustraire car il était prisonnier d'un cocon gluant d'où ne dépassaient que son membre, ses bras et sa tête. Quand la Bête voulait être mère, elle venait s'empaler sur lui sans plus de cérémonie laissant Angelina babiller comme si de rien n'était. Et lui, le vampire stérile, avait déjà engendré des centaines de rejetons pour servir la cause de la Bête .

La première fois que la Bête s'était réellement manifestée, Angelina avait été soulagée car tout à coup, tout était devenu simple. La Bête avait faim car elle devait prendre des forces pour donner naissance à une génération de vampires qui régneraient sur le monde. Angelina serait leur mère et Liam leur père. Ce n'était donc pas par hasard qu'elle avait transformé Liam. Ils étaient destinés à faire de leur espèce la race dominante de la planète. Les humains seraient leur bétail, leur gibier, leurs esclaves. Et c'est ce qui était arrivé. Les vampires s'étaient multipliés grâce à elle, Angelina. Elles les aimaient comme la mère qu'elle était pour eux. Ils venaient lui raconter leurs péripéties ou les dernières frasques de leurs camarades. Elle aimait ces moments d'intimité avec ses enfants. Ensuite elle racontait tout cela à Liam. Elle était contente de l'avoir à ses côtés mais elle trouvait qu'il avait changé, il était moins... vif qu'avant et c'était toujours elle qui devait faire le premier pas, il ne venait plus jamais la voir. Mais il était toujours là, disponible, son beau Liam.
Un détail cependant la chiffonnait. Il lui semblait avoir des absences. Et elle ne voyait plus la Bête. Pendant des siècles elle s'était manifestée par cette soif incessante, et maintenant, plus rien... Elle chassait vite cette pensée de son esprit, trop occupée à admirer l'évolution de sa progéniture. Elle était vraiment fière de tous ses vampires. Ils avaient beaucoup évolué, et s'ils devaient toujours se nourrir de sang, c'était plus par tradition ancestrale que par réel besoin. Ils avaient développé un sens de la conquête qui avait fait d'eux le dernier maillon dans la chaîne de l'Evolution, l'humain n'était plus qu'un animal, plus intelligent qu'un rat, mais pas plus utile. Les vampires avaient développé leur propre société, leurs propres règles, et une aube nouvelle s'était levée...

chapitre 3


Angelina et Liam. Depuis des générations les enfants avaient appris à respecter ces noms. Ils étaient les Géniteurs. Dès leur plus jeune âge, les écoliers apprenaient leur histoire et récitaient les poèmes que les Anciens avaient écrits sur eux. Et s'ils aimaient répéter en rougissant les frasques de leurs ancêtres, ils avaient toujours la chair de poule à l'évocation de la Bête, bien plus crainte que respectée. Même les plus petits savaient qu'il ne fallait jamais évoquer Son nom en termes irrévérencieux ou déplacés. On ne savait pas vraiment ce que les héros de leur race étaient devenus. La légende disait qu'ils vivaient toujours, bien sûr, et qu'ils veillaient sur leur progéniture. La légende disait aussi, mais à voix basse cette fois-ci, qu'Angelina était devenue folle le jour où elle a pris conscience de ce qu'elle était et que la Bête avait dû quitter son corps. Elle ne reviendrait que lorsqu'Elle aurait trouvé quelqu'un digne d'Elle et le sang coulerait à nouveau. Mais les vampires ne buvaient plus de sang depuis longtemps et ils craignaient plus le retour de la Bête qu'ils ne voulaient le faire croire. On disait qu'Angelina, enfin consciente, avait délivré Liam, un doux euphémisme pour dire qu'elle l'avait achevé, puis qu'elle s'était enfuie sans que personne ne la retrouve.
Pourtant, depuis des générations, on pouvait entendre du fond des entrailles de la ville une complainte déchirante qui glaçait les sangs, non pas par la terreur qu'elle éveillait, mais par le désespoir qui habitait la créature qui poussait ce cri. Nombre d'intrépides jeunes vampires étaient partis dans les profondeurs de la terre à la recherche d'Angelina à qui on attribuait cette triste mélopée. Aucun n'était jamais revenu.
Liam et Angelina resteraient les Géniteurs, les fondateurs bien-aimés de leur race, même si leur Histoire était sombre et terrifiante, ils leur avaient ouvert la voie d'un avenir prospère et heureux.


4ème texte :

Citation :
Mesure pour mesure


La cave voûtée était plongée dans l’obscurité. Vidée de ses barriques de vin, elle n’était plus meublée que d’un beau fauteuil et d’un secrétaire marqueté dont la présence semblait incongrue. Deux chaînes scellées dans le plafond bas retenaient par les poignets une femme, inconsciente. Sa tête reposait sur son bras droit que les chaînes, trop courtes maintenaient en l’air. Sa coiffure élaborée s’était effondrée, laissant échapper de longues mèches de cheveux bruns qui retombaient sur un visage poudré. Un filet de sang provenant d’une blessure à la tempe avait séché, laissant une traînée sombre sur la joue. Son corps reposait à moitié sur le sol couvert d’une fine couche de sable fin.
Les seuls bruits perceptibles provenaient des souris qui trottinaient rapidement le long des murs.
La porte de chêne qui se trouvait à une des extrémités de la pièce, toute en longueur, s’ouvrit en grinçant. Un homme d’âge mur, presque un vieillard, vêtu avec l’élégance d’un courtisan habitué aux fastes de la cour, entra, un chandelier à la main.
Il s’approcha lentement du secrétaire, se tenant le plus loin possible de la prisonnière. La flamme des bougies dispensait une lumière tremblante, faisant naître des reflets noisette dans la chevelure de la jeune femme. S’asseyant dans le fauteuil, il sortit d’un tiroir du secrétaire un grand registre, relié de cuir qu’il se mit à parcourir rapidement. Il jetait de temps en temps un coup d’œil vers la femme, vérifiant qu’elle était toujours évanouie. Au fur et à mesure de sa lecture, son visage fin se contracta et ses lèvres se serrèrent.
Soudain, un mouvement de la prisonnière le fit sursauter. Son corps se tendit et il fixa sans ciller ses mouvements hésitants.
Elle leva lentement la tête et essayant de porter sa main à sa tempe réalisa qu’elle était entravée. Son regard se précisa et elle parcourut du regard la cave et son occupant. Son visage blafard traduisit l’étonnement et l’incompréhension. Elle essaya de se relever, sans y parvenir, et resta agenouillée sur le sol.
L’homme resta silencieux, observant ses réactions avec l’attention et la retenue d’un entomologiste devant un insecte rare et dangereux.
Son regard croisa celui de sa prisonnière et il fût malgré lui captivé. Son visage était commun, sans traits caractéristiques mais elle possédait des yeux couleur d’ambre, qui, telle la résine pouvaient piéger ceux qui n’y prenaient pas garde. Secouant légèrement la tête, elle sembla prendre conscience de sa situation et implora son gardien.
-M. de Fontenelle ! Que se passe-t-il ?
L’homme ne lui répondit pas et se contenta de la fixer, toujours tendu, la main crispée sur le bord du fauteuil.
- Répondez moi ! Pourquoi me retenez vous ? Je ne comprends rien … supplia la jeune femme, les yeux implorants et les lèvres tremblantes, essayant de garder le regard de Fontenelle captif.
Pendant quelques secondes, les traits de son adversaire se détendirent, son corps se leva légèrement et elle cru qu’il allait la libérer. Ce ne fut qu’un faux espoir. Il se rassit et la fixa d’un regard sévère.
-Allons, Madame. Vous êtes une excellente comédienne mais n’insultez pas mon intelligence. Je sais qui vous êtes, conclut-il d’une voix basse et profonde.
Elle le fixa d’un air étonné.
-Bien entendu, nous avons été présentés par Mme Lambert dans son salon, il y a quelques semaines, dit-elle d’un ton rassurant comme si elle s’adressait à un enfant malade.
Fontenelle laissa échapper un sourire moqueur.
-Ce n’était pas notre première rencontre, madame. Il n’est pas surprenant que vous ne vous en souveniez pas, ce n’était pas dans des circonstances mondaines.
-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, je vous assure monsieur, répondit la jeune femme. Ne pourriez vous pas me détacher ? Ces fers me blessent, ajouta-t-elle, implorante.
-Sûrement pas, je ne prendrai aucun risque.
Il s’enfonça dans son fauteuil, son regard se perdant dans la pénombre de la cave.
-C’était en 1684, il y a plus de quinze ans déjà… J’étais venu rendre une dernière visite à mon oncle Pierre Corneille avant sa mort. J’étais arrivé très tard dans la nuit et j’étais allé directement à sa chambre, sans m’être annoncé. J’allais ouvrir la porte lorsque j’entendis un faible cri. Je me contentai de l’entrebâiller et je fus témoin d’un étrange spectacle.
Il s’arrêta quelques secondes, revivant cet instant tragique qui avait changé le cours de sa vie.
-Mon oncle gisait étendu, un bras hors du lit, la tête penchée.
Il regarda intensément la jeune femme qui l’écoutait incrédule.
-Vous étiez là, madame. Penchée sur lui, vos lèvres sur sa gorge offerte. Du sang coulait de votre bouche. Son sang ! s’exclama-t-il en serrant les poings et en se levant à moitié.
Il se rassit, haletant doucement. Il ferma les yeux quelques secondes et reprit son souffle.
-Je n’ai pas bougé, tétanisé par cet affreux spectacle. Vous vous êtes relevée et je vous ai alors vu distinctement à la lueur des bougies disposées dans toute la chambre. Je n’oublierai jamais la vision de votre pâle visage, dont les seules couleurs étaient vos lèvres sanglantes et vos yeux de feu. J’allais me précipiter dans la chambre lorsque vous avez disparu par la fenêtre. Mon seul souci fut mon oncle. Las ! Il était bien mort et gisait livide, la marque fraîche de vos dents sur son cou.
Fontenelle posa un regard vengeur sur la jeune femme.
-Voilà, Madame, les circonstances de notre première rencontre.
La jeune femme semblait interdite. Elle attendit quelques secondes, essayant de rassembler ses esprits après cette histoire extraordinaire.
-Etes vous sûr de ne pas avoir rêvé ? Vous êtes un homme de science, inaccessible à la crédulité populaire.
Devant l’absence de réaction de son geôlier, elle tenta une nouvelle approche.
-Voyons, regardez moi attentivement. La femme que vous avez vue, il y a quinze ans, a vieilli et doit être à l’automne de sa vie. Je n’ai que vingt ans à peine. Je ne peux pas être cette femme mystérieuse, conclut-elle avec force, tirant sur ses chaînes.
Fontenelle ne répondit pas. Il tendit la main et saisit son registre qu’il ouvrit à la première page. Il se mit à lire d’une voix monocorde.
-En 1641, le duc de Sully décède. D’après les témoignages que j’ai pu recueillir, une femme était présente lors de ses derniers instants. Il s’agissait d’une lointaine cousine, Artemisia de Montpeyroux. Une des servantes m’a parlé d’une étrange marque que le défunt portait au cou. 1650, Descartes meurt à Stockholm. Une jeune veuve de ses amies l’aide durant son agonie. Elle se prénommait Artémisia Griffert et possédait de surprenants yeux d’ambre. 1662, Blaise Pascal s’éteint, assisté dans ces derniers instants par Artemisia de Montfaucon, veuve d’un janséniste.
Fontenelle leva les yeux de son registre et posa un regard moqueur sur sa captive.
-Dois-je poursuivre, Artémisia de Drascin ? C’est bien sous ce nom que Mme Lambert vous a présenté, n’est ce pas ? La liste est encore longue jusqu’à la mort de mon oncle. Dieu seul sait le nombre exact de vos crimes ! s’exclama Fontenelle, refermant le registre d’un coup sec. Qui êtes vous ? Comment avez-vous fait pour vivre si longtemps ? demanda-t-il d’un ton pressant.
Artemisia le jaugea du regard. Son expression, auparavant anxieuse, se modifia. Elle se redressa légèrement et Fontenelle vit la jeune veuve timide et apeurée se transformer en femme assurée et fière.
-Je dois avouer, cher Fontenelle que votre réputation de grand esprit n’est pas usurpée ! Vous avez là un document très intéressant même s’il comporte de nombreuses lacunes.
Elle eut un petit rire de gorge.
-Je dois vous avouer que vous êtes le premier à me découvrir depuis …, elle s’arrêta quelques secondes pour réfléchir, mais oui, depuis Abélard !
Fontenelle ne pu cacher son ébahissement.
-Abélard ! Pierre Abélard ? bredouilla-t-il.
-Bien sûr ! Vous ne croyiez pas que vous aviez couvert la liste de mes rencontres ?
-Qu’êtes vous ? demanda Fontenelle d’une voix faible.
La jeune femme se leva lentement en attrapant ses chaînes. Elle se tint, droite et orgueilleuse devant l’homme, éberlué.
-Dieu seul le sait, mon cher. Je n’ai jamais rencontré d’être qui me soit semblable. J’aime à penser que je suis unique. Pourquoi tremblez vous ? Vous êtes en sécurité. C’est moi qui suis enchaînée, incapable de me libérer et vous qui êtes assis confortablement, libre de vos mouvements, une arme près de vous, dit-elle en observant le pistolet qui était posé sur le secrétaire.
-Mon dieu ! s’exclama Fontenelle.
Elle eut un sourire moqueur.
-Profitez en, Fontenelle. Dieu ne vous enverra pas tous les ans un représentant de mon espèce. Pour récompenser vos efforts et votre sagacité, je vais répondre sincèrement à vos questions.
-Quels autres choix avez-vous ? demanda-t-il, reprenant confiance. Comme elle l’avait fait remarquer, il était maître du jeu.
Elle eut un sourire mystérieux.
-Mais aucun, mon ami, aucun.
Fontenelle respira profondément, essayant de retrouver ses esprits. Il ouvrit le registre à une page vierge et prenant une plume, traça d’une main un peu tremblante Artémisia de Drascin. Il regarda vers la jeune femme qui l’observait, insondable.
-Quel âge avez-vous ?
-Voyons, mon ami ! Ce n’est pas là une question qu’un gentilhomme pose à une dame de qualité ! s’exclama-t-elle, joueuse.
Devant l’absence de réaction du philosophe, Artémisia fit la moue.
-J’ai toujours eu du mal à calculer mon âge. Je suis née il y a longtemps, trop longtemps peut être, soupira-t-elle.
-Soyez plus précise, madame, répondit Fontenelle, cinglant.
-Voyons, je crois que c’était vers 650.
Fontenelle sursauta, stupéfait.
-Ce n’est pas possible ! Comment pourriez vous avoir plus de mille ans !
-Oui, je sais, je ne les fais pas, répondit Artémisia, goguenarde. Je ne sais pas pourquoi j’ai vécu si longtemps sans changer.
-Je ne vous crois pas, répondit-il.
Elle éclata de rire.
-Relâchez moi donc immédiatement ! Si je suis une impossibilité que votre esprit cartésien refuse d’accepter, vous ne pouvez pas me retenir.
Fontenelle la fixa longuement, ne sachant plus que croire. Il se décida à écrire sur le vélin : naissance en 650.
-Ne croyez pas que je vais croire tout ce que vous me direz. Il y a sûrement des moyens de vérifier vos dires.
-Comme il vous plaira, répondit-elle.
-Reconnaissez vous avoir tué ?
-Oui, mais votre liste n’est pas exhaustive, mon ami. La liste serait trop longue pour que je vous la donne et j’ai du d’ailleurs oublier la plupart de mes victimes.
-Mais pourquoi ? Pourquoi des hommes de science, de lettres ?
Artémisia souris gentiment.
-De la même façon que vous avez besoin de nourriture pour vivre, j’ai besoin de sang pour exister. J’ai besoin de leur esprit, j’ai besoin de leur force, de leurs émotions. Je ne suis rattachée au monde que par ceux que je tue. Durant le moment si court où leur cœur s’arrête, tout ce qu’ils sont, tout ce qu’ils ont ressenti, tout ce qu’ils savent me nourrit, me permet de continuer à exister. Leurs émotions me font sentir, leurs expériences m’enrichissent, leurs connaissances me font découvrir de nouveaux univers et leur sang, ô leur sang, me donne la vie. J’ai vite découvert que je suis une créature des ténèbres et il me faut la lumière de leurs âmes pour continuer à vivre.
-Vous êtes un démon ! s’écria, horrifié, Fontenelle.
-C’est ce que j’aimerais savoir… et je pense que vous êtes l’homme qui peut m’y aider, répondit doucement Artémisia.
Fontenelle, sonné par ce qu’il venait d’entendre avait fermé les yeux, sentant la fatigue s’abattre sur son corps usé. La jeune femme profita de ses instants de tranquillité pour attraper une des épingles qui retenait sa chevelure. Ses mains habiles ouvrirent rapidement les vieux fers qui la retenaient prisonnière.
Lorsque Fontenelle ouvrit les yeux, elle se tenait devant lui, le pistolet à la main.
-Tutut… Voyons mon cher, il ne faut pas me laisser sans surveillance, ironisa-t-elle.
Fontenelle blêmit et tenta de se lever. Artémisia le rassit d’une main de fer sur son fauteuil. Elle approcha ses lèvres de son visage et savoura la peur qui transparaissait dans ses yeux.
-Je ne vais pas vous tuer, mon ami. Vous m’intriguez et encore plus important, vous m’amusez. Votre tentative d’emprisonnement a réveillé en moi le goût du jeu. Je n’avais pas eu autant de plaisir depuis, voyons, … oui ! la Renaissance ! De plus, vous disposez d’assez d’intelligence pour réussir là où j’ai échoué : découvrir qui je suis vraiment. Je vais donc vous laisser en vie et je vais même vous faire un cadeau.
Elle se pencha et le mordit doucement à la gorge. Elle prit quelques gorgées de son sang et poussa un petit soupir de plaisir. Reculant, elle ajouta :
-J’ai découvert il y a longtemps que si je ne bois que quelques gouttes de sang d’un humain, celui-ci acquiert une longévité plus grande. Voici un autre mystère dont vous pourrez chercher la réponse.
Elle le lâcha et recula lentement, le pistolet pointé vers le vieil homme.
- Je reviendrai vous voir dans quelques années. Je vous raconterai mes aventures et vous me ferez part de vos recherches. Cela va vous plaire, vous verrez, conclut-elle en disparaissant derrière la porte. Celle-ci se ferma avec bruit, laissant Fontenelle effondré sur son fauteuil, la main sur sa gorge.


5ème texte :

Citation :
V473


Plus de deux milliards d’ordinateurs étaient connectés simultanément pour suivre en direct la conférence de Seattle. Des représentants du monde entier étaient invités pour choisir la solution la mieux adaptée au problème du V473. Le sort de millions de personnes allait être décidé aujourd’hui.
Il n’y avait pas eu de rassemblement international si important depuis le traité de Toronto en 2027 qui assurait la destruction de toutes les armes nucléaires. Ce traité était censé représenter la fin progressive de la prolifération des armes et l’espoir utopique, à terme, d’assurer la paix sur toute la surface du globe. Certes, ce traité fut un succès, l’arme atomique a disparu, mais l’instinct belliqueux de l’homme n’en a pas pour autant été freiné. Ni l’instinct belliqueux, ni les attraits économiques que le commerce des armes pouvait apporter, une vie humaine n’a que si peu d’importance … La recherche de nouvelles technologies militaires a débutée. C’est de là que tout semble être parti…
La génétique a fait des progrès spectaculaires en un demi-siècle. On ne sait pas de manière certaine si le V473 était une simple arme bactériologique ou, comme semble l’accréditer les théories actuelles, ce rétrovirus était bien censé modifier le patrimoine génétique de soldats d’élite pour en faire des "surhommes". Les dossiers estampillés TOP SECRET avaient certainement été tous détruits. Le gouvernement australien n’a jamais reconnu les faits, mais le projet "Héraclès" leur a échappé ! C’est en août 2049 que les premiers cas sont apparus aux alentours de Canberra.
Trente jours, voilà la durée de vie moyenne d’un homme dont l’organisme ne fabrique plus de globules rouges. L’asphyxie progressive et la nécrose de tous les tissus du corps; ainsi étaient les symptômes dus au V473. Ce rétrovirus empêchait les cellules de la moelle osseuse de se différencier en hématies. La prolifération se faisait par le sang et la salive principalement, bien plus résistant qu’avait pu l’être le virus du SIDA, un simple baiser présentait des risques de transmissions. Les recherches avaient très vite débutés sous l’ampleur de l’épidémie tandis qu’un vent de panique s’abattait à la surface du globe. En 3 mois, l’Australie comptait 43000 morts. Les vols vers l’Océanie étaient presque tous interrompus, plongeant le pays dans une autarcie forcée. Le virus se propageait plus lentement dans les autres pays, mais l’union européenne recensait déjà 1832 mort au 1er janvier 2050. Le tourisme s’effondrait, la psychose s’installait dans les esprits. Le virus était d’une forme inconnue, et aucun traitement ne semblait fonctionner pour freiner sa progression. Bien sur, en théorie prolonger la durée de vie des malades était d’une simplicité déconcertante. Il suffisait de renouveler leur sang par transfusion au rythme d’une fois tous les 15 jours. Mais malgré les campagnes improvisées de solidarité, la pénurie de donneurs atteignait tout de même des proportions incalculables.
Six mois s’écoulèrent donc, durant lesquels l’économie mondiale atteignait des gouffres et où le nombre de malades et de morts ne faisait qu’augmenter. Un marché rouge, comme la presse s’était délectée à l’appeler, apparaissait. Des personnes vendaient leur sang aux plus offrants, les transfusions sauvages apparaissaient sans aucune notion médicale ou mesure d’hygiène. L’épidémie ne s’en trouvait qu’accentuée.
Une société américaine, présidée par le maintenant très riche Jack Misters, fut la première, grâce aux recherches du Professeur Davis Boraz, à développer une solution efficace au problème du V473. Le sang est un tissu qui a la capacité d’être facilement transféré d’un individu à l’autre, sans risques de rejets, tant que le groupe correspond. De plus, le groupe O est appelé donneur universel, puisqu’il peut allégrement être transfusé à n’importe quel autre groupe sanguin. La société de Jack Misters, la Blood Company, a développée une technique de production massive de globules rouges, à partir de cellules souches de moelle osseuse de donneur O. Cette technique a permis de fabriquer des milliers de mètres cubes de sang à partir d’un nombre très restreint de donneurs , grâce à l’utilisation efficace de différents facteurs de différenciation cellulaire mimant de manière très proche les mécanismes complexes se déroulant dans l’organisme lors de la fabrication des hématies. La Blood Company déposa son brevet au mépris des conséquences humanitaires du non-partage de leur découverte, et obtint donc en toute légalité le quasi-monopole du marché du sang, fournissant à prix fort ce précieux liquide. La Blood Company s’étendit dans tous les pays du globe et sa production de sang fut très vite suffisante pour combler les besoins de tout ceux qui avaient les moyens de s’octroyer ses services… En quelques mois, le nombre de décès dans les pays industrialisés dus au V473 devint quasiment nul, et une lumière d’espoir régna un temps sur la planète. Un temps seulement… Certes, les malades ne mourraient plus, mais l’augmentation de leur durée de vie permit l’expression de nombreux effets secondaires, apparaissant au bout d’environ trois mois, qui n’avaient jamais été réellement détectés au préalable, rares étant ceux qui survivaient assez longtemps…
Ces effets secondaires se caractérisaient par un dérèglement des sécrétions de nombreuses molécules. Des hormones comme la testostérone, ou encore des neurotransmetteurs tels l’adrénaline ou la dopamine étaient surexprimés. Cela entraînait tout d’abord un développement musculaire très important, un renforcement des capacités de résistance physique et un "rajeunissement" des tissus. Ses conséquences, à première vue favorables, étaient entachées par des troubles grave de la personnalité, une agressivité accrue et des sautes d’humeur intempestives. Les symptômes étaient très variables : amnésies plus ou moins profondes, schizophrénie, paranoïa, troubles du sommeil… Les malades devenaient petit à petit invivable pour leur famille, souvent violents et incontrôlables… Les centres psychiatriques, non préparés à l’afflux massif de milliers de personnes, se trouvèrent vite engorgés. La criminalité augmenta dans les villes et une nouvelle vague de panique s’installa dans les cœur des Hommes.
Conférence de Seattle, 12 novembre 2052 :
"Le nombre de malades n'a jamais cessé d'augmenter durant ces périodes et les recherche visant à guérir définitivement les malades et de limiter la propagation du virus sont restées vaines."
Andy Stewhead, représentant anglais de la lutte contre le V473 débutait son discours devant les différentes délégations internationales.
"Vous avez sans aucun doute tous entendus parler d'une organisation du nom de "projet Dracula" qui prend de plus en plus d'ampleur depuis environ 8 mois maintenant, la date où un certain Seth Red a déclaré qu'il avait de manière totalement consciente, choisi d'être infecté par le V 473. Depuis il mène une campagne intensive pour inciter d'autres personnes à franchir le cap, à effectuer la "grande mutation" comme il se plait à l'appeler, faisant l'éloge des nombreux avantages physiques que l'infection peut engendrer, et voilant intentionnellement les conséquences désastreuses qu'elle peut entraîner sur le mental.
On ne sait pas d'où sort cet homme jusque là totalement inconnu. Nous savons qu'il fait passer son message via de nombreux sites Internet ce qui lui a permis de propager son message au monde entier en un temps très bref. Seth Red est sans aucun doute un pseudonyme, car il n'est jamais apparu publiquement, personne n'a vu son visage. Mais le Net lui permet, tel un gourou, de se constituer une véritable armée, d'endoctriner des milliers de personnes prêtes à se sacrifier pour lui et pour son idéologie nauséeuse. Car ce Seth Red présente le V473 comme un don fait à l'humanité, un don pour devenir fort, pour se nourrir du sang des "chétifs", de cette race humaine si faible, pour devenir un Vampire. Il prône en effet les nombreuses ressemblance entre les symptômes de la maladies et les caractéristique surnaturelles que possèdent, selon les légendes, ces êtres maléfiques. Des dizaines de milliers d'hommes et de femmes témoignent avoir eux aussi effectués la grande mutation. Ils se regroupent , mènent des actions de terreur. De nombreux meurtres ont été attribués à ces fanatiques, les corps retrouvés étant partiellement vidés de leur sang à la base du cou. Ce phénomène doit être pris extrêmement au sérieux. Leur nombre ne cesse de s'accroître et la menace d'une action plus grande se fait sentir. La Blood Company s'enrichit de jour en jour, prenant un peu plus le contrôle de la planète sans que personne n'ose l'arrêter. Son directeur, M. Jack Misters, contrôle la destinée de millions de malades. Qui d'autre que lui tirerait bénéfice de l'apparition de nouveaux malades? Nos services ont enquêté intensément sur Seth Red, ce psychopathe poussant au meurtre, ce fou tenant des propos eugénistes sur la faiblesse de la race humaine face à la puissance de ses vampires. Mesdames, Messieurs, nous avons finalement découvert qui se cachait sous l'identité de ce vampire, comme il se plaît a s'appeler lui-même, et que pour ma part, je ne considère plus comme un homme. Ce sinistre inconnu cachant sa perfidie sous le pseudonyme de Seth Red n'est autre que M. Jack Misters!"
Une photographie de J. Misters apparut sur l'écran géant, tandis que Andy Stewhead pointait du doigt un homme très blond, âgé d'une quarantaine d'années, assis au premier rang.
Jack Misters se leva, tandis que l'assemblée retenait son souffle. Le président de la Blood Company était bien entendu présent à la conférence comme un des acteurs principal de l'action à mener pour résoudre le problème du V473. Il empoigna un micro et pris la parole tout en se déplaçant entre l'estrade et l'assemblée.
"Mesdames Messieurs, permettez-moi de me présenter, Jack Misters, Président directeur général de la Blood Company. Je ne peux qu'applaudir la prestation de Monsieur Stewhead. Comment contredire de telles affirmations, surtout lorsqu'elles sont aussi empruntes de pertinence et de justesse. Et oui, Mesdames, Messieurs, je suis bien Seth Red. Depuis 8 mois maintenant, le V473 a pris possession de mon corps."
La foule commençait à s'agiter devant les paroles de J. Misters.
"Mais je tiendrais tout de même à préciser que M. Stewhead se trompe totalement sur un point. Mes intentions sont tout sauf l'appât du gain. Je crache sur l'argent qui vous fait tant rêver, pauvres êtres faibles que vous êtes. Vous nous voyez comme des malades, des êtres amoindris et dépendants, mais vous vous trompez! La grande mutation vous offre la force physique, et plus encore, elle vous montre la voie sur ce qu'est le sens de la vie: dominer ou être dominé. Et je suis dominateur, l'argent n'est qu'un outil de la réussite du projet Dracula, non une fin en soi. Je pourrais tous vous tuer, pauvre humains inférieurs, mais je vais vous offrir une chance de faire partie des nôtres!"
La représentante canadienne, Sandra Michelard, éleva la voix:
- "Mais vous n'êtes qu'un psychopathe, que quelqu'un l'arrête, sécurité!
- Silence pauvre imbécile! Vous ne pensez pas que je m'exprime librement devant vous sans avoir pris certaines précautions! Les dénonciations de Monsieur Stewhead m'étaient connues depuis quelques jours déjà, répliqua Misters d'une voie violente."
La cinquantaine de journalistes présents se levèrent et vinrent se placer aux quatre coins de la salle, tandis que les membres de la sécurité barricadaient les portes.
" Toutes ces personnes sont acquises au projet Dracula. Nous sommes beaucoup plus que vous ne l'imaginez! Vous êtes comment dire… prisonniers!"
Un rire froid retentit par les hauts-parleurs.
"Quelle ironie, les hommes et les femmes réunis pour lutter contre nous seront les premiers témoins de notre victoire."
La panique s'installait dans l'assemblée, mais les faux journalistes avaient sortis des armes et maintenaient l'ordre. Jack Misters sortit un boîtier noir de la poche intérieur de sa veste.
"Mesdames Messieurs, et vous tous qui suivez cette conférence de part et d'autre de la planète, le monde entier va bientôt entrer dans une nouvelle ère qui marquera la fin des Hommes.
Nos chercheurs ont réussit à mettre au point une nouvelle souche du virus, assez résistante pour se propager dans l'air. Lorsque j'appuierai sur ce bouton, dans les principales villes du monde, se répandra le nouveau virus, le V474, ce qui infectera, d'après nos estimations, 93% de la population mondiale en moins de deux semaines. Je vous offre la grande mutation, je vous offre une nouvelle vie et je vous fournirai le sang qui sera nécessaire à…
Jack Misters sorti du champ de la caméra. Andy Stewhead avait sauté sur lui depuis l'estrade, et l'avais plaqué au sol. Il essaya de lui arrache le boîtier qu'il tenait toujours dans sa main gauche. Le "vampire", avec une déconcertante facilité, entoura la gorge de Stewhead de sa main libre, et tout en se relevant, le souleva du sol d'une dizaine de centimètres. Andy Stewhead essaya de se débattre, mais en vain. Il vit la bouche de J. Misters se rapprocher de sa gorge, il vit les canines, taillées en pointe, se rapprocher de sa jugulaire. Avec une puissance bestiale, Misters mordit le cou de Stewhead, déchirant sa chair tandis qu'il avalait avec délectation le sang qui s'écoulait intensément. Il envoya voler le corps sans vie à quelques mètres d'un simple geste puis s'essuyant la bouche du revers de sa main, leva le boîtier en direction d'une des cameras. Son doigt se posa sur le bouton et tandis qu'il appuyait sur l'émetteur, sa voix grave s'éleva violemment, teintée de rage.
"Laissez place à une nouvelle époque, embrassez notre cause, saluez l'avènement des vampires".

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6ème texte :

Citation :
Lien de sang


Europe occidentale, 31 décembre 2003, 16h30.

Je m'appelle Lyra... Comme chaque soir, du haut des remparts, je regarde le coucher du soleil, seule. Tant de soirs déjà, cela fait longtemps que je ne les compte plus. L'air autour de moi est glacé et ma respiration provoque de petits nuages de brume à intervalle régulier, pourtant, bien que ne portant qu'une simple robe de soie noire, je n'ai pas froid.
Soudain, je ressens un frôlement au niveau de mes chevilles et je vois s'enfuir un chat noir. Avant de disparaître, il se retourne, plongeant ses yeux jaunes de félin dans les miens, soutenant mon regard alors que personne n'y parvient plus... Je réalise alors que c'est ce soir... Ce soir, c'est ma nuit !

***


Égypte, fin 998 avant J.C.

La brise est douce sur mes bras nus. Avec Liana, nous avons encore fait le mur, sous couvert de la nuit. Les autres filles ne comprennent pas pourquoi nous faisons cela. Elles auront de bons mariages et des enfants en nombre dans une jolie maison au bord du Nil : elles sont sages et disciplinées, c'est ce que l'on attend d'elles au palais. Mais Liana et moi, cela ne nous suffit pas, c'est pour cela que l'on se sauve, nuit après nuit, nous fondant dans les ombres, vêtues de nos légères robes de soie noire. Nous avons essayé de leur expliquer l'extase de la nuit, l'excitation ressentie en traversant la ville endormie malgré l'interdiction avec la brise douce et chaude pour seule compagne, mais elles ne font qu'ouvrir de grands yeux horrifiés, le regard plein d'incompréhension... Alors cette nuit encore, nous sommes parties seules.
Liana a proposé d'aller se baigner dans les eaux du lac interdit, mais moi je sais déjà qu'elle n'en aura jamais le cran. Nous longeons les ruelles, ignorant les peurs tapies dans les recoins sombres. Soudain je me trouve nez à nez avec un magnifique chat noir. Il me regarde de ses yeux félins, puis disparaît dans la nuit... On raconte de drôles de choses au dortoir, surtout les noirs, on dit qu'ils sont des messagers, qu'ils viennent nous prévenir... mais de quoi ? La voix impatiente de Liana me sort de mes songes, le lac est en vue, sa surface scintillant sous la lune.
Liana me regarde, les yeux pétillant d'excitation. Prudemment, elle approche la main de l'eau... Avec un petit cri, elle frôle la surface et se retire précipitamment. Elle me fait face, fière, me mettant au défit. Lentement, je laisse la soie glisser le long de mon corps puis, la fixant dans les yeux, j'avance d'un pas décidé, solennel, vers la rive. Je n'ai aucune peur, sous son regard empli d'admiration, je pénètre dans l'eau, laissant sa fraîcheur m'envahir, les yeux clos, avançant jusqu'à ce que seule ma tête dépasse encore à l'air libre. Je me sens si bien, comme enivrée...
Tout à coup, le cri de Liana me tire de cette transe et, me retournant vivement, je l'aperçois, lui ! Il tient Liana dans ses bras, l'immobilisant, et me regarde dans les yeux, un petit sourire charmeur au coin des lèvres. La pauvre Liana est tremblante de peur ! Lui est calme, moi aussi. Il plonge sont regard tout au fond de moi, abattant toutes mes défenses, je m'abandonne. Puis je l'entends, à l'intérieur, me demandant silencieusement de sortir de l'eau et de m'approcher, je m'exécute, oubliant ma nudité quasi-complète. C'est alors qu'il se penche vers Liana, sans me quitter des yeux, et j'aperçois ses canines percer doucement la peau de mon amie au niveau de la carotide, elle frémit, poussant un petit cri, son regard me suppliant d'intervenir. Il boit, elle a peur, moi je ne bouge pas. J'ai compris qui il est, ce qu'il est. Je devrais m'enfuir en courant, comme n'importe quelle fille du dortoir le ferait, même la courageuse Liana, ce qu'elle fait d'ailleurs maintenant qu'il vient de la lâcher, mais moi, je ne bouge pas.
"Pourquoi ne la suis-tu pas, petite fille ?" sa voix résonne dans ma tête. "Tu sais ce que je suis... Mais tu n'as pas peur, tu sais pourquoi je suis là... Tu m'attendais."
Il s'approche, posant sa main sur ma joue, l'autre autour de ma taille, me tirant à lui. Repoussant délicatement mes cheveux, il vient à moi, je sens son souffle froid à la base de mon cou, mais je n'ai pas peur. Une douleur vive, telle une piqûre, me fait grimacer, juste avant qu'il ne commence à boire mon sang, longuement, provoquant en moi le même état d'ivresse que quelques instants plus tôt, les eaux du lac interdit. Soudain, il s'arrête. Je me rends compte que nous sommes tous deux agenouillés par terre et je réalise alors à quel point je suis faible. Je me laisse glisser dans ses bras, je crois que je vais mourir...

***


Europe occidentale, 31 décembre 2003, 17h30

La nuit est claire en haut des remparts. N'importe qui, levant les yeux, pourrait admirer ces millions de petits joyaux lovés dans le velours du ciel. Pourtant aucun d'eux n'y songe... À mes pieds, ils s'affairent tous pour les derniers préparatifs, courant après ce temps qui leur manque, alors qu'il ne signifie rien... Je scrute la foule tumultueuse, cherchant celle que je dois trouver ce soir. Quittant mon perchoir, je descends dans la rue, où chacun s'écarte instinctivement pour me laisser un passage, j'aime ce pouvoir charismatique que j'ai acquis au cours de ces trois mille ans de mon existence de vampire.
Je parcours le centre ville, tous les sens en alerte, je la sens, elle m'appelle, elle n'est plus très loin ! Je m'arrête au coin d'un boulevard, guettant la porte de la boutique dans laquelle elle vient d'entrer. Je n'ai plus beaucoup de temps, tout doit être fini avant l'aube. Elle ressort enfin, sa robe de soirée soigneusement pliée dans un sac. Je la suis jusque chez elle, attendant qu'elle se prépare pour cette soirée qu'elle n'oubliera jamais...

***


Égypte, fin 998 avant J.C.

Il fait noir, si noir, toutes mes forces m'abandonnent. C'est alors que je sens une goûte de liquide chaud et âcre couler sur mes lèvres alors, comme douées d'une volonté propre, mes mains saisissent le poignet offert et je bois, mon esprit s'évade... Dans mon extase, je l'entends à peine me susurrer...
"Bois petite, ma douce petite fille...
Au matin je m'étendrai et tu me succéderas.
Ta vie sera longue, bien plus que tu ne l'imagines...
Pourtant jamais tu n'oublieras le nom de Kilian,
Jamais tu n'oublieras cette nuit..."
Le pouvoir grandit en moi au fur et à mesure que j'absorbe le sang de Kilian, le privant de ses forces par la même occasion, mais les choses doivent se passer ainsi...
"Cette nuit est la tienne, ma douce !"
Je m'arrête enfin, presque à contre cœur... À présent c'est Kilian qui est allongé dans mes bras, faible. Le soleil pointe à l'Est, bientôt il fera jour...
"Pourquoi moi ?" lui demandé-je.
"Parce que tu étais la seule à le vouloir, je t'ai senti m'appeler depuis des lunes. Tu as fait ton choix, comme je l'ai fait en mon temps, mais rien n'est gratuit, tu devras payer le prix... Tu ne craindras ni la nuit, ni le jour, pas plus que le froid ou les blessures, tu auras un pouvoir tel que tu ne l'imaginais pas dans tes rêves les plus fous ! Mais le prix sera la solitude, car mon temps ici bas est révolu et chaque vie que tu tenterais de prolonger te priverait d'une partie de ton pouvoir..."
Le jour se lève... Là-bas, un animal pousse un cri, alors que Kilian expire pour la dernière fois, devenant poussière entre mes bras. De lourdes larmes de sang naissent au coin de mes yeux pour cet homme que j'ai à peine connu et qui, en l'espace d'une nuit, a changé ma vie. Ramassant mes vêtements pour me couvrir, je songe un instant à retourner au dortoir, retrouver Liana, mais à quoi bon... Kilian m'a dit que je serai seule...
Quittant tout ce que je connaissais, je m'enfonce dans le désert...

***


Europe occidentale, 31 décembre 2003, 19h

Ma proie se montre enfin, superbe dans sa fine robe de soie noire.
"Tu n'as pas changé, malgré tout... Liana..." murmuré-je sans qu'elle puisse m'entendre.
Elle prend la direction des remparts, ce qui m'étonne, mais me convient parfaitement. Je la suis à travers la foule en fête, sans me faire remarquer jusqu'au sommet, sous les étoiles. Accoudée au muret, elle observe les astres, caressant distraitement le chat qui est venu se blottir contre elle, il est noir, ce doit être le même que j'ai entrevu un peu plus tôt. Soudain, d'un geste trop naturel pour les circonstances, elle se tourne vers moi.
"Tu en as mis du temps... Lyra."
Je me fige, elle ne devrait pas m'avoir sentie, elle ne devrait pas savoir qui je suis, elle ne devrait pas se souvenir !
"Tu as l'air surprise... Croyais-tu que j'avais oublié ? Toutes nos nuits avec la brise ? Ton corps baigné de lune, cette nuit là ? Cela fait longtemps et j'ai vécu maintes vies depuis, mais je n'ai jamais oublié... Et toi non plus."
Je ne sais quoi penser, les choses ne devaient pas se passer ainsi, elle n'aurait dû se souvenir qu'une fois le transfert effectué ! Déboussolée, je ne peux que murmurer "Liana..."
"Oui... C'est comme cela que tu m'appelais jadis. Dans cette vie je me nomme autrement... Mais plus pour très longtemps, n'est-ce pas ?"
"Comment tu...?"
"Comment je fais pour me rappeler ? Cela fait des années que je t'attends, Lyra. Des années que j'ai honte de ma fuite, honte de t'avoir abandonnée... Certes je n'aurais pas eu ton pouvoir, mais je t'aurais eu toi, durant ces trois mille longues années... C'est pour cela que je suis là, ce soir, pour passer avec toi la dernière de tes nuit et recevoir ton pouvoir afin que tu survives en moi..."
"Je... Liana..."
Elle est là, face à moi, la seule personne qui m'a manqué durant cette interminable existence, elle est là maintenant, alors que mon temps à moi s'achève. Oubliant tout autour de moi, je m'élance me blottir au creux de ses bras, enfouissant ma tête dans ses cheveux, respirant son parfum. Consciente de ce qui doit se passer et que cela doit se passer maintenant, elle m'offre son cou, où mes canines percent deux petits trous, laissant le sang chaud s'écouler dans ma bouche.
"Tu vois, cette fois je ne m'enfuirai pas, je reste avec toi... Cette nuit est la tienne, je te la donne..." me susurre-t-elle à l'oreille.
Je la sens faiblir, je me rappelle, je sais ce qu'elle ressent à cet instant, nous tombons à genoux dans l'herbe, je la prends dans mes bras en cessant de boire. Ses yeux sont clos... Ses cheveux sont légèrement bouclés, elle n'a pas besoin de tirer dessus tous les matins pour satisfaire aux caprices de pharaon, cela lui va bien... Un rayon de lune éclaire son visage paisible... M'accordant un dernier instant pour la contempler, j'entaille légèrement ma lèvre inférieure et laisse tomber deux goûtes sur les siennes. Comme douées de vie, ses mains passent derrière ma nuque et m'attirent à elle pour le dernier baiser de ma vie, alors qu'au loin, des lumières explosent dans le ciel au milieu de cris de joie. Elle boit... Je m'affaiblis, bientôt elle se redressera pour me prendre à son tour dans ses bras puis s'arrêter de boire, bientôt tout sera fini...
"Lyra..."
J'ouvre péniblement les yeux, toutes mes forces semblent m'avoir abandonnée, le transfert s'est bien effectué.
"Li... Liana..." qu'il est dur d'articuler ce simple nom...
"Liana, je suis contente... que ce soit toi... Je suis... heureuse, même si je dois... te quitter."
Elle me regarde en souriant, des larmes écarlates dans ses yeux vert émeraudes, elle n'a vraiment pas changé...
"Promets-moi une chose, Liana... Ne reste pas seule toutes ces années... Ne fais pas la même... erreur que moi... je me suis trompée... l'important ce n'est pas le pouvoir... et toi... Tu n'as plus à m'attendre..."
Je referme les yeux, sentant venir la fin... Les premiers rayons du soleil me caressent le visage, le matin sent bon la rosée, je me sens partir...

J'observe Liana de haut. De la poussière macule sa belle robe, des larmes de sang inondent ses joues. Elle se lève doucement, contemplant le soleil qui renait. Puis, séchant ses larmes du revers de la main, elle redescend vers la ville... Celle-ci, au lieu de s'éveiller, s'endort après une nuit de fête... Moi je n'ai plus rien à faire ici, je vais m'estomper pour disparaître enfin totalement...
"Bonne année, Liana, ma douce, puisses-tu trouver une compagne..."

***




Note: Le concept du vampire n'est pas ici le vampire classique, ainsi, quelques précisions s'imposent pour compléter la lecture du texte, même si la plupart des aspects y sont évoqués. Ici, le vampire a une durée de vie limitée de 3000 ans. Il se nourrit de sang mais n'est pas obligé de tuer ses victimes. Vampiriser quelqu'un prive le vampire d'un partie de son pouvoir (la partie qu'il lègue au "nouveau-né") c'est pourquoi les vampires évitent de le faire la plupart du temps. Toutefois, à la fin des ses 3000 ans d'existence vampirique, il est de coutume qu'il choisisse un élu dans la population humaine afin de lui léguer la totalité de son pouvoir avant la mort, donnant ainsi naissance à un nouveau vampire, souvent appelé le successeur.



7ème texte

Citation :
Une dernière aube...


Duché de Narlach, année 565...
La bataille faisait rage à la sortie du sous-terrain où les hommes de Mikaïl Necral avaient pris les fuyards en embuscade. Parmi la quinzaine de réfugiés, seuls deux représentaient une menace pour les mercenaires : Sara et Misa Necral, les filles du duc de Narlach. Comme les autres membres de leur famille, les deux jumelles étaient des vampires, de puissantes vampires de la première génération. Comme leur frère aîné Mikaïl, elles avaient été transformée par leur père, lui-même transformé par un puissant et ancien sortilège.
Les mercenaires aussi étaient des vampires, mais leur sang était bien plus faible que celui des soeurs, Mikaïl ayant pris soins de ne leur donner qu'une très faible quantité de sang lors de leur transformation. Ainsi ils ne risquaient pas de devenir une grande menace pour lui, à moins de s'associer en grand nombre. De fait, bien qu'ils soient plus de vingt au début de l'affrontement, ils seraient déjà probablement tous morts si les deux soeurs n'avaient pas pour priorité la protection des réfugiés...
Cinq réfugiés étaient déjà morts et autant de mercenaires gisaient, démembrés ou décapités quand Nilian Ul'Aeric égorgea un vieillard d'un geste vif et fondit sur une jeune femme d'une vingtaine d'années. Les griffes du vampire lui transperçant le coeur, elle s'effondra dans un dernier gémissement, lâchant la fillette aux cheveux blonds qu'elle portait dans ses bras. Alors qu'il s'apprêtait à la décapiter d'un coup de griffes, Nilian croisa son regard terrifié et eut un instant d'hésitation. Il n'acheva jamais son geste car un puissant coup de griffes lui lacéra le flanc gauche, du visage à la hanche, l'envoyant rouler au sol, assommé.
Lorsque son esprit s'éclaircit quelques secondes plus tard, la fillette était toujours agrippée au cadavre de la femme. Le visage éclaboussé de fines gouttelettes de sang et ses yeux verts embués de larmes, elle tremblait de peur. Juste à coté d'elle, l'une des jumelle -celle qui avait sauvé la fillette de l'attaque de Nilian-, combattait six mercenaires vampires. Ses mains pourvues de longues griffes tailladaient ses assaillants, répandant leur sang, leurs chairs et leurs os.
La tête tranchée d'un mercenaire percuta la fillette, la faisant rouler, inconsciente, dans l'herbe souillée de la clairière. Nilian la regarda respirer faiblement au milieu des cris des combattants et des râles des mourants... Sur une impulsion subite, il se releva et, ignorant les profondes entailles sur sa joue, sa poitrine et ses bras, saisit la fillette et s'enfuit à l'aveuglette entre les arbres et les rochers, s'éloignant le plus possible du champ de bataille.
Après quelques minutes, il s'effondra dans une petite caverne. Quasi-exsangue il perdit connaissance à coté de la fillette qu'il venait de sauver...

***


La nuit venait de tomber quand Nilian s'éveilla. Sa peu avait cicatrisé, mais ses muscles étaient douloureux et le manque de sang se faisaient cruellement sentir...
À sa gauche, la fillette, qui ne devait pas avoir plus de six ou sept ans, était adossée à la paroi de pierre, les genoux repliés contre sa poitrine, le fixant de ses yeux verts.
- Pourquoi vous m'avez amenée ici ? demanda-t-elle. Vous allez me tuer ? poursuivit-elle comme il ne répondait pas.... Vous n'êtes pas très bavard... constata-t-elle, voyant qu'il ne répondait toujours pas. Moi, c'est Lelia, ajouta-t-elle. Et vous ?
- Nilian, grogna le vampire, tentant désespérément de comprendre ce qui avait bien pu le pousser à sauver cette fillette...
Qu'il ait fui pour sauver sa peau n'avait rien d'extraordinaire : il avait été engagé pour se battre, pas pour mourir inutilement, ce qui serait arrivé s'il était resté. Mais pourquoi avoir sauvé la fille ?
- Quand vous boirez mon sang, n'en prenez pas trop, je ne suis pas très en forme...
Nilian la regarda, interloqué.
- Tu me laisserais boire ton sang volontairement ?
- Pourquoi pas ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils. Vos domestiques ne le font pas d'habitude ?
- Je suis un mercenaire, je n'ai pas de domestiques.
- Alors comment vous nourrissez-vous ? s'étonna-t-elle.
- Je choisis un prisonnier, mais ils ne sont guerre consentant en général...
- C'est que vous devez leur faire mal... Dame Sara a toujours fait très attention à nous mordre doucement. Je n'ai presque jamais rien senti...
Elle ne semblait même plus craindre que je la tue, constata Nilian. Comment une enfant dont la famille vient d'être massacrée peut-elle être aussi insouciante ?
- Elle buvait souvent ton sang ?
- Tous les soir, quand je vais au lit, elle vient boire quelques gorgées à mon cou en me souhaitant bonne nuit. Où est-elle maintenant ?
- Aucune idée, soupira Nilian qui n'avait aucune envie de le savoir...
Lelia s'approcha et découvrit son cou.
- Quand vous aurez bu, je pourrais avoir à manger ? J'ai faim !
- J'irai chasser quelque chose, je boirais son sang et tu mangeras sa viande, ça te va ? demanda le vampire en mordant le plus délicatement qu'il put le cou de la fillette.
- J'aime beaucoup le lapin, vous pouvez chasser un lapin ?
- Je vais voir ce que je peux faire, répondit-il alors que les petites plaines se refermaient sous l'effet cicatrisant de sa salive.
- Je vais dormir un peu pendant que vous chasserez, dit-elle en baillant avant de s'allonger sur le sol, la tête posée sur un petit tas de feuilles mortes et de s'endormir presque instantanément.
Toujours perplexe devant l'attitude insouciante de la fillette, Nilian se leva. Ses muscles le faisaient déjà beaucoup moins souffrir après ces quelques gorgées de sang, mais il en faudrait bien plus pour le guérir complètement et calmer sa soif. Il lui avait fallut un gros effort de volonté pour ne pas la vider entièrement de son sang... Il n'était d'ailleurs pas bien sûr de savoir ce qui l'avait retenu... Tuer n'était pas un problème pour lui et s'encombrer d'une fillette n'était pas vraiment la meilleure chose à faire pour un déserteur en fuite... Haussant les épaules, il sortit de la caverne et se mit en quête d'une proie.

***


Nilian venait de nettoyer dans un petit ruisseau le sang qui le maculait et s'apprêtait à se mettre en chasse de quelque chose de plus nourrissant que le lapin qu'il avait déjà tué lorsqu'une voix retentit dans son dos.
- Tu n'as pas l'air bien riche à voir l'état de tes vêtements, mais montre-nous quand même a bourse qui pend à ta ceinture...
Nilian se retourna et, au clair de lune, distingua trois bandits sales et puants...
- Oh, vous allez m'épargner une chasse fatiguante, vous êtes bien aimable, sourit Nilian.
Dix minutes plus tard, le vampire quitta les lieux, repu, non-sans avoir maquillé les cadavres pour qu'on croit à une banale dispute entre brigands qui aurait mal tourné et rejoignit la caverne où il avait laissé Lelia.
Comme la fillette dormait toujours, il rassembla un peu de bois sec et alluma un petit feu pour cuire le la viande. Contemplant les flammes, il laissa son esprit vagabonder, repensant à la vie qu'il avait menée jusque là...
Vingt ans plus tôt, alors qu'il n'avait que huit ans, sa famille avait été massacrée par un raid de pillards orcs dans leur petite ferme située dans les contreforts du massif d'Orkil. Il n'en avait réchappé que de justesse et avait survécu tant bien que mal dans les rues de Morenthis, la plus grande ville de la région.
À l'âge de seize ans, il s'était engagé dans une compagnie de mercenaires, se battant un peu partout dans l'empire pendant plus de dix ans avant de traverser la Mer de Volor pour le Golan...
C'est dans la cité portuaire de Seargoth qu'il entendit parler de l'armée levée par le nouveau duc de Malgavie, Mikaïl Necral, qu'il rejoignit un mois plus tard. Devenu vampire, il avait été affecté au groupe chargé de surveiller le sous-terrain pendant l'attaque de Narlach où il avait impulsivement sauvé cette fillette...
- C'est cuit ? demanda Lelia, mettant fin à ses réflexions.
- Oui, répondit-il simplement en lui tendant un morceau de viande qu'elle engloutit avidement...

***


Quelques jours plus tard, Nilian découvrit une maison abandonnée pas trop délabrée et proche d'un petit village où ils emménagèrent, Nilian n'ayant plus à craindre de quelconques représailles pour sa désertion. En effet, le calme était revenu dans la région, Mikaïl et son armée ayant étés vaincus en Malgavie par les armées combinées de trois duchés.
Les semaines puis les mois passèrent, Nilian élevant Lelia comme la fille que sa nature vampirique l'empêcherait à jamais d'avoir... L'innocence de la fillette lui avait fait prendre conscience qu'à vingt-huit ans, il était las des tueries. Il avait donc décidé de lui donner l'enfance heureuse qu'il n'avait jamais eu dans les rues sales et dangereuses de Morenthis. La fillette, ne semblait pas se souvenir du massacre de ses proches dont elle avait pourtant été témoin et Nilian conclut que le choc à la tête qu'elle avait reçu devait en être la cause...
Leur voisins avaient rapidement percé à jour sa nature de vampire, mais s'étaient contentés de se tenir à l'écart, personne ne voulant prendre le risque de tenter de le chasser. Peu à peu, comme aucun drame ne se produisait, leur méfiance s'était estompée, la disparition progressive des brigands de la région y contribuant également... Il leur arriva donc de plus en plus fréquemment de solliciter Nilian pour divers travaux et réparations, mettant à profit sa force exceptionnelle, en échange de nourriture ou d'argent...
Les années s'écoulèrent paisiblement...

***


Une nuit, près de quatre ans après la bataille de Narlach, alors que Nilian revenait du village où il avait aidé à la réparation du toit effondré d'une maison, il vit trois hommes vêtus comme des mercenaires encerclant une Lelia apeurée.
- S'il lui arrive quoi que ce soit, aucun d'entre vous ne quittera les lieux vivants, déclara-t-il d'une voix bien plus calme qu'il ne l'était lui-même.
- Depuis quand l'impitoyable Nilian Ul'Aeric s'inquiète-t-il du sort d'une gamine de dix ans ? demanda leur chef, un mélange de dédain et de déception dans la voix.
- Nagil Ul'Aran... Constata Nilian, reconnaissant reconnaissant le chef de son ancienne compagnie de mercenaires.
Nagil et ses deux compagnons étaient devenus vampires en même temps que Nilian. Lors de la bataille de Narlach, ils avaient été affectés à la surveillance d'un autre passage secret du château où manifestement ils avaient eu plus de chance que le groupe de Nilian...
- Je n'ai aucune envie de me battre. Laissez-la tranquille et partez, insista Nilian.
- Cette petite a l'air appétissante..., dit Nagil en saisissant brutalement Lelia qui poussa un petit cri où se mêlaient surprise et douleur.
En un instant, Nilian changea ses doigts en de longues griffes acérées, ses yeux prenant une teinte rouge sang.
- Relâche-la immédiatement.
- Finalement, il reste peut-être un peu du guerrier au fond du paysan que tu es devenu...
- Relâche-la.
- D'accord, répondit Nagil en libérant la fillette terrifiée.
Lelia fit un pas en direction de Nilian puis poussa un cris étranglé. Sa bouche s'emplissant de sang, elle s'écroula sur le sol, cinq entailles sanglantes entre les omoplates. Nilian hurla et s'élança sur les trois vampires qui se dispersèrent, tentant de l'encercler. À deux mètre de Nagil, Nilian se détourna et d'un bond, se retrouva face au vampire qui tentait de le contourner par la gauche. Celui-ci écarquilla les yeux et leva le bras pour parer un violent coup d'estoc, mais les griffes lui transpercèrent le crâne avant qu'il ait pu achever son geste. Nilian lui trancha la tête qu'il projeta sur le troisième vampire qui l'avait presque rejoint, lui explosant le nez.
Alors qu'il s'apprêtait à achever son adversaire encore étourdit par le choc, Nilian ressentit une vive douleur au flanc droit. Baissant les yeux, il vit l'épée de Nagil le transperçant de part en part. Ignorant la douleur, il fit volte-face, lui arrachant l'épée des mains et tenta un coup de pied à la tête. Nagil para et, d'un coup de griffe, lui lacéra le visage.
Grognant de douleur, Nilian para les deux coups suivants et contre-attaqua, lui creusant une profonde entaille dans au ventre. Alors que les coups se succédaient, l'autre vampire encore vivant qui, avait repris ses esprits, parvint à saisir l'épée toujours fichée dans le flanc de Nilian. D'un coup de coude dans la tempe, ce dernier l'expédia à terre. Nagil, profitant de l'ouverture, tenta de lui trancher la gorge, mais Nilian l'évita de justesse, enchaînant en plongeant ses griffes dans sa poitrine. Crachant du sang, Nagil tomba à genoux alors que le dernier vampire se relevait. Tournant sur lui même, Nilian les décapita tous les deux, leurs têtes tranchées roulant dans l'herbe.
Sa folie meurtrière retomba et il s'approcha péniblement du corps de Lelia, s'effondrant à ses cotés. Ignorant ses multiples blessures, il saisit doucement la fillette. Mais c'était trop tard pour elle... S'il lui était resté un peu de vie, il aurait pu la transformer, mais elle n'en avait plus...
Nilian contempla les trois cadavres décapités qui l'entouraient... Ils avaient étés ses compagnons quand il était encore mercenaire, mais il lui semblait que c'était dans une autre vie... En un sens, c'était le cas... Cette petite fille qu'il avait sauvée sur un coup de tête lui avait permis un nouveau départ, une nouvelle vie...
À l'est, les premières lueurs de l'aube dessinaient la silhouette de la montagne voisine... La maison qu'ils avaient occupé pendant quatre ans n'était qu'à quelques mètres, mais à quoi bon ?
Berçant le corps sans vie de Lelia, Nilian Ul'Aeric tourna la tête vers l'est et contempla sa dernière aube...

FIN


8ème texte

Citation :
Vivante


Le feu crépitait joyeusement sur la berge, les flammes rouges et jaunes s’entremêlant sans scrupules en s’élevant vers le ciel étoilé. Quelques étincelles soufflées par la brise légère s’envolèrent doucement, telles de minuscules particules de lumière dans la nuit noire. Beth leva les yeux vers son amant, debout derrière la malle de cuir, les joues rouge sang, les yeux vitreux, et l’haleine putride. Elle frissonna de rage en songeant à tout ce temps, toutes ces années où elle avait sacrifié sa vie pour lui. Une odeur de cadavre en décomposition flottait dans l’air.
Hargneuse, elle se leva brusquement en jetant le poupon qui reposait sur ses genoux osseux et se précipita sur Gregory qui la fixait de son regard vide. Le bébé atterrit durement sur le sol et hurla de tous ses poumons. Aucun des amants ne fit attention, leurs deux corps enchevêtrés sur le sable, ne formant qu’un, leurs murmures mélangés en un seul souffle. Beth frappa Gregory du plus fort que ses poings le pouvaient. Elle frappa, et frappa encore, ses lèvres s’abandonnant à la froideur des siennes, le griffa et le mordit, mêlant son sang chaud à sa salive, tira sur ses cheveux longs et sales tout en caressant son corps maigre, malade et hideux. Leur passion sembla embraser le feu qui brûlait à leur côté, leur ferveur sembla accentuer les cris du nouveau-né non loin, leur haine sembla attiser la soif de leurs esclaves qui les observaient de l’autre côté de la berge.
Lorsqu’elle se sentit à nouveau repue, Beth repoussa Gregory. À bout de souffle, le visage livide et ses cheveux de jais en broussaille, elle se releva, cracha une dernière fois sur son bien-aimé encore étendu et s’éloigna. Elle ignora les pleurs du poupon, elle ignora les lamentations et autres sons excités provenant des humains enchaînés, elle ignora même le lourd hurlement bestial qui franchit ses lèvres. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine, le sang voulait s’échapper de ce corps meurtri. Saisissant son coutelas, elle s’entailla le poignet et s’approcha d’une esclave blonde nommée Layla. Celle-ci la regarda droit dans les yeux tandis qu’elle s’approchait, la faim et le désir pouvant se lire sur tout son corps.
Beth chassa les autres humains assoiffés qui tentaient de l’attirer vers eux et se pencha sur Layla, qui, le regard fou et l’eau à la bouche, gémit de langueur. D’un air satisfait, Beth lui tendit son bras et l’encouragea d’un sourire vicieux. La jeune esclave suça passionnément le sang de sa maîtresse, le dégoût secouant son corps frêle, tandis qu’un mince filet coulait sur son menton. Beth retira son bras, ce qui causa à la jeune humaine de geindre de soif non assouvie, et lui donna un coup de pied au ventre. Layla fut sciée en deux par la douleur et tomba, pendant que Beth retournait vers son poupon. Quelques secondes plus tard, lorsque la belle amante daigna y jeter un coup d’œil, il ne restait plus rien du corps sauvagement déchiqueté de Layla. Sa faim ayant à peine été apaisée, les autres humains s’étaient empressés de se nourrir également.
Le bébé pleurait toujours, néanmoins il faiblissait de plus en plus. Gregory s’approcha silencieusement de son amante et de leur enfant. D’un rugissement sans égal, Beth lui signala de partir. Elle s’absorba ensuite dans la contemplation de la chair tendre du petit, admirant ses joues roses, ses lèvres en cœur, son petit cœur qui battait au rythme de ses sanglots ténus. Ils restèrent ainsi un long moment, la terre semblait s’être figée, rien n’avait jamais été aussi beau que cette mère et son fils, l’une amante d’un vampire à l’agonie et l’autre, être innocent mais chéri d’une mère à la cruauté magnifique.
Alors que les deux beautés aux cheveux d’ébène partageaient jalousement un temps privilégié, Gregory se repaîtrait de délicates et délicieuses jeunes esclaves de descendance exotique, leurs estomacs affamés leur dictant les gestes à suivre pour obéir convenablement au vampire. Un hurlement de contentement voulut se frayer un chemin hors de sa poitrine, mais il resta coincé dans sa gorge. Épris dans ses ébats avec les humaines, il ne cessa pourtant de fixer son amante et leur fils. Des sentiments contradictoires mais complémentaires d’amour intense et de pure haine l’oppressaient. Beth était toute sa vie, elle avait été sa lumière il y a longtemps, alors qu’il était encore garçon et ignorant de son destin pour le moins noir, elle était maintenant le dernier fil qui le reliait à la nuit. Quelle symbiose parfaite, quelle ivresse ressentait-il lorsqu’il observait son visage exsangue ! Il en avait fait ce qu’elle était devenue, cette femme envoûtante qui se plaisait à torturer les jeunes âmes humaines. Comment allait-il se résoudre à l’éliminer ? Pourtant il le fallait, pensa-t-il en jouissant d’un plaisir qui empreint son corps entier. En nage et en rage, il brisa le cou des nymphes exotiques, ce qui lui procura un soulagement immédiat. Se relevant avec peine, le sang dégoulinant des plaies toutes fraîches, conséquences de la famine ambiante chez leurs esclaves humains, il regagna sa place derrière la malle.
Beth leva soudainement la tête vers lui. Il lui montra ses crocs, et tandis qu’elle l’aguichait de ses yeux de déesse de la nuit, elle porta le poupon à la hauteur de ses lèvres, et tel une offrande, il la nourrit de son sang riche et sain. Après ce qui sembla être une éternité, horrifié, envieux de son amante, Gregory hurla à la mort, le son fut aussitôt couvert par les hurlements subséquents des humains mourants et enchaînés. Beth ria, elle ria si fort et d’une façon si mélodieuse que le cœur de ses esclaves fondirent d’amour pour elle. Ils se mirent à la désirer tellement, leur faim et leur soif fut oubliée, leurs tortures effacées, ils se souvinrent tout à coup pourquoi ils avaient accepté d’endurer cette vie de décrépitude, de mort certaine, de souffrances et de bassesses. La nuit elle-même sembla tomber sous le charme de cette démone, cette déesse au regard de braise qui excellait à perpétrer massacres et tueries sanglantes et sanguinaires. Les êtres maléfiques de son espèce ne suçaient pas que le sang de leurs victimes, ils en suçaient également le sens, l’essence, l’âme et le cœur. Ils en arrachaient les boyaux et crevaient les yeux simplement pour leur faire plaisir, pour leur faire ressentir leur vie une infime, une ultime seconde avant de la leur voler.
Beth ressentit fortement cette béatitude qui l’envahissait chaque fois qu’elle sacrifiait l’un de ses fils. Ce fils qu’elle adorait, elle s’empara du corps à présent mou et vide, et le tendit à son amant, à Gregory qui se balançait au rythme des vagues de la mer. La femme de sa vie, pouvait-il encore en douter. Celle qui le détestait, celle qui l’aimait, celle qui s’amusait à s’enorgueillir d’une horde d’humains amoureux d’une image romantique et grotesque, celle qui d’un regard pouvait empoigner le cœur d’un malheureux, celle qui pouvait se vanter de faire l’amour aux ténèbres, celle qui le possédait. Il accepta le poupon mort, et comme il le faisait à chaque fois, il ouvrit cérémonieusement la malle dont il s’enfuit une odeur nauséabonde, et y enfouit son fils. Beth se tenait là, immobile, vibrante et amante, elle lui tendit ses bras et il s’y engouffra. Il avait besoin d’elle, de sa fureur, de sa douceur, de son pouvoir. Ensemble, ils seraient ensemble jusqu’à la fin. Ensemble jusqu’à ce que ce mal qui le rongeait l’envoie à trépas. Le mal qu’elle lui affligeait, le mal qu’elle entretenait avec sadisme, ce mal exquis dont il se délectait. Son amante. Beth. Ensemble depuis des siècles, ensemble depuis leur naissance, ensemble depuis leur renaissance. Un amour sans limites, une passion renouvelée à chaque étreinte, une haine dévorante. Il la poussa de toutes ses forces, elle tomba gracieusement sur le sable. Beth lui sourit.
La vampire connaissait ses plans. Ses plans traîtres et détestables. Il allait l’entraîner avec lui vers le gouffre. Seulement, Beth savait au plus profond de son être que jamais elle n’irait nulle part. Jamais elle ne quitterait son corps abîmé, son corps parfait. Ses yeux louchèrent vers les humains, tous avachis les uns sur les autres, occupés à la scruter avec envie. Bientôt elle choisirait quelqu’un, un homme aussi maigre, aussi faible que Gregory l’a été toute sa vie et plus encore. Aussi minable, aussi grand, aussi majestueux et aussi pitoyable que son amant. Un homme qui allait subir ses charmes et ses violences quand elle le désirerait, un homme qui allait l’engrosser et mourir de douleur quand elle tuerait, un homme sensible qui aimerait et détesterait prendre la vie d’humains. Un homme beau. Elle passa la langue sur ses lèvres chaudes et gonflées. Gregory la dévisageait toujours, sans aura ni magnétisme, à la fois si attirait mais si terrible. Beth l’aima plus que tout, à ce moment précis. Il avait fait d’elle la vampire, la mère, la maîtresse, la femme, la tueuse et l’amante qu’elle était et qu’elle serait toujours. Elle le haït si fort que son cœur en trembla, sauta sur ses pieds, et profitant d’un instant de surprise, lui tordit le bras et l’envoya valser dans les flammes hautes. C’est sans doute dans d’immenses souffrances qu’il périt, mais il n’en laissa pas d’indices, se contentant de couvrir sa bien-aimée d’un regard rempli d’amour alors que les flammes le transformaient en cendres.
La nuit tressaillit, le vent se leva et les vagues se firent furieuses. Le sable sur la berge se leva de son nid et voleta partout, semant au passage de petits grains malicieux sous les paupières plissées des humains enchaînés. Beth se protégeait les yeux d’une main, agenouillée près du feu rugissant, une moue sur son visage tendre, sinistre et alangui. Le soleil n’allait pas tarder à se lever, elle devait rassembler les esclaves pour qu’ils s’entretuent avant d’aller se reposer d’un sommeil sans rêves jusqu’à la prochaine pleine lune. Cependant, l’amante de la nuit ne pouvait se relever. Le choc était trop grand, depuis des décennies qu’elle avait rêvé de ce moment, ce moment où elle serait enfin libre, ce moment où elle pourrait enfin se choisir un autre bien-aimé… Mais contrairement à ce qu’elle avait planifié, Beth ne se sentait pas libérée du tout. Elle se sentait plutôt seule. Une vie éternelle sans amant n’était pas envisageable, une vie éternelle avec Gregory qu’elle méprisait ne l’aurait pas plus été. Ce Gregory pour lequel elle avait sacrifié vœux de quêtes et de conquêtes, ce Gregory ignoble qu’elle avait aimé jusqu’à en mourir puis en renaître, ce Gregory qu’elle verrait toujours dans les reflets de la lune, ce Gregory dont elle sentirait à jamais les effluves musquées sur sa peau blanche.
Jamais Beth n’aurait pensé ressentir un jour détresse si forte. Un vampire était un être diabolique certes, mais un être à la sensibilité accrue et décuplée, un être qui, s’il ne prenait garde, pouvait facilement étouffer sous cette multitude de sentiments qui tournoyaient constamment dans leur âme tourmentée. Non pas déraisonné et dispersé comme un humain, un vampire était vivant. Vivant de sang, vivant de douleur, vivant. Un vampire connaissait son destin, connaissait ses buts, connaissait ses causes. Un vampire savait où il devait aller, il savait son chemin. C’est pourquoi Beth eut soudain l’impression d’avoir bifurqué en cours de route. Peut-être Gregory était-il destiné à survivre avec elle, à ses côtés pour toujours, peut-être avait-elle commis une grande erreur, peut-être allait-elle en payer le prix pour l’éternité, peut-être allait-elle aussi en mourir… Peut-être était-elle une erreur, la plus grande, la seule erreur de Gregory?
Toutes ces pensées s’entrechoquaient dans l’esprit de la maîtresse. Puis, le calme revint, aussi rapidement que le vent s’était levé une minute auparavant. Essoufflée de tant de questionnements, elle prit une gorgée de son sang. Elle respira. Revigorée, Beth secoua la tête et regarda les esclaves, qui eux-mêmes la déshabillaient des yeux. Elle ria. Encore et encore. Ridicule, elle était la plus forte. Beth se leva, un sourire vicieux aux lèvres, les yeux hypnotisés par ceux d’un esclave malade. Il était temps de reprendre sa vie là où elle l’avait laissée.


9ème texte :

Citation :
La ruelle du fou


1ère partie (San Francisco, Décembre 2010…)

C’est absurde cette expression « ne pas en perdre une miette » . Une miette de quoi ? D’os, d’ongles, de cheveux ? Les humains ont de ces expressions loufoques pour exprimer une chose aussi simple : « finir les restes » . Voilà, je vais finir les restes. Avec minutie certes, mais il n’y a pas à tortiller : je vais finir ces restes. Pas les os, les ongles, ni les cheveux bien sûr. Mais Le reste. De belles miettes, qui peuvent être aussi succulentes même si elles ne désignent que des restes !
Les petits doigts sont blanchis et déjà tout raides. Le corps également petit, est mou, complètement désarticulé. Il ne pèse pas plus que le poids d’un chien de taille moyenne. Le visage est calme, reposé, débarrassé de tout rictus. Les yeux n’expriment rien, du moins plus rien ( j’ai pris soin de les fermer ). Et la gorge. Ah cette gorge ! Percée de ces deux trous profonds. Ah, cette région aussi précieuse, aussi fragile, d’une beauté et d’une délicatesse incomparable. Je la regarde intensément, car elle m’invite gracieusement à lui faire honneur.

Pourtant, je ne suis que le deuxième, le tueur de second choix. Celui qui ne fait que planter ses crocs dans les plaies habilement causés par un autre. Je ne suis qu’un charognard, un « croque-mort ». Je ne suis donc même pas un tueur . Mais à quoi bon m’en faire ! Je suis habitué maintenant ! Passer après, ramasser, nettoyer, ça me connaît parfaitement ; j’ai atteint un haut degré d’expertise.

Ah, ah, ah, ah… Mon rire explose. Il m’ébranle comme un séisme. Ah, ah, ah, ah… Je ris. Je ne peux m’empêcher de rire. Ce rire de fou, cynique, désabusé. Je ris, mais après je pleure. Toujours. Je n’arrive pas à me contenir. Ces larmes dégoulinent comme de la morve nasale. Elles dévalent mes joues creuses, glissant sur ma bouche, salissant tout sur leur passage, s’écrasant loin de moi au bout de leur chemin. Ce soir, c’est sur le corps de ce jeune enfant que je tiens dans mes bras.
J’avais bien pris soin de le secouer violemment, et longtemps. Je voulais tenter de le réveiller comme pour m’assurer d’abord qu’il était bien mort. Mais finalement, je me suis résigné. C’était bien fini. Alors, je l’ai serré tout contre moi.

Je l’ai ramassé là, dans cette ruelle, jeté parmi les poubelles. C’est une ruelle sombre bien évidemment, étroite et dangereuse. Je sais qu’il s’y passe bons nombres de choses monstrueuses. Moi, je suis souvent là. Souvent que dis-je ! Je suis toujours là. Pour qui, pour quoi ? Pour attendre tout simplement.
Je les attends eux, les véritables tueurs de la nuit. J’attends qu’ils se déchaînent, qu’ils massacrent. Aussi, je reste tapi dans l’ombre, bien enfoncé, dans le plus sombre des recoins. Et je regarde froidement ces exécutions d’un autre monde auxquelles je ne me suis jamais donné le droit de participer…

Aujourd’hui, l’enfant était le seul qu’ils avaient traîné jusqu’ici. Il avait été littéralement massacré, balancé comme une friandise entre les crocs acérés de ses bourreaux singuliers.
Moi, j’attendais qu’ils finissent, qu’ils balancent vers moi, comme à l’accoutumé, les restes de leur jeu sanguinaire. Je restais patient, littéralement installé au première loge, dans cette alcôve qui me correspondait si bien. C’était, en quelque sorte, mon chez moi, mon petit nid à rats. Je n’en bougeais pas.
Car, je savais que c’était là qu’on m’avait laissé. C’était là que j’avais déjà crevé… Moi aussi.

…J’ai bien vérifié que lui, il ne pourrait pas revenir. Ces lèvres sont propres. Aucune souillure, aucun filet de sang, et donc de damnation en perspective. Son esprit et son âme sont vraiment partis. Reste son corps, jeté là.
Cet enfant est bien mort. Ce corps n’est plus le sien. Je n’ai plus à me soucier de si c’est bien ou de si c’est mal. Je vais en disposer tranquillement, sans me poser guère plus de questions. Je vais donc le finir, le vider de tout son sang. Puis, si je n’en ai pas assez, si ce corps ne regorgeait plus que d’une quantité insignifiante de son nectar vital, je le dévorerais, je le dépècerais du reste de ses chairs. Je n’en laisserais pas une miette. Ah ça non, je n’en laisserai pas une miette !

2ème partie (Quelques années plus tôt, Décembre 2001, dans la même ruelle…)

Je m’appelle David Burn. Je suis tout fraîchement diplômé avocat. Cette année 2001, je viens de finir mes études et je suis sorti brillamment major de ma promotion. Cette prestigieuse place à mes examens de fin d’étude m’a permis d’obtenir aisément un super poste dans un grand cabinet d’avocats de la ville. En y entrant, j’accomplissais mon rêve américain : celui de la réussite issue d’un pénible labeur, et d’une volonté de réussite à tout crin.
Or, j’ai pris très vite conscience que j’avais intégré un cabinet certes prestigieux, mais aux pratiques douteuses. Ce n’était pas tant les affaires sordides desquelles il fallait dépêtrer des clients tout aussi sordides et indéfendables. C’était plutôt « l’ambiance maison », le climat particulier qui régnait au sein des employés. J’ai vraiment cru, au début, que j’étais entré dans une secte. Mais, le prestige de cette société et l’immense opportunité que cela allait apporter à ma carrière naissante me fit vite relativiser, voire oublier que tout ne tournait pas rond autour de moi. Je décidai de faire l’autruche et finis même par sympathiser avec quelques uns de mes collègues, en particulier mon assistante, une très belle femme.
Nos liens se sont resserrés. Elle me proposa, outre son corps, la possibilité de connaître avec elle les vertus d’une cure de jouvence incroyable qui m’apporterait pas moins que cela : l’immortalité. Je savais qu’elle avait attisé ma curiosité, et surtout mon envie.
J’avais bien compris, au fil du temps, que la société pour laquelle je travaillais, ne faisait pas dans le naturel. Les affaires que nous devions traiter avaient toutes plus ou moins une connotation surnaturelle. Ce monde étrange que je commençais à entrevoir ne m’effraya pourtant pas. Lorsque ma nouvelle petite amie me proposa cette fameuse cure de jouvence, je ne fus donc nullement étonné, même pas effrayé, mais plutôt presque impatient de connaître ces puissantes, nouvelles et prometteuses sensations. J’étais jeune, dynamique, et je comptais bien le rester. L’attrait du pouvoir est bien dans mes gênes.

Ce soir-là nous devions partir « en quête » avec quelques autres de nos collègues. Or, je savais que « la quête » en question était, en fait, une horrible chasse. Pourtant, j’y pris part…j’avais compris depuis longtemps exactement avec qui j’avais affaire. Mes compagnons n’étaient autre que des vampires.

Lorsque je suis entré dans cette ruelle, j’ai compris que c’était là que ça allait se passer. Cette ruelle était sombre, assez étroite, sans issue. Je manifestais presque de l’impatience, déconnecté de la réalité, ivre du dégoût que m’avait procuré toute cette tuerie, mais déjà poussé par une sorte de frénésie. J’étais tout simplement inconscient, attiré par le danger comme le jeune coq, cadre dynamique, assoiffé de sensations fortes, que j’étais. Ce danger, c’était évidemment ma mort. Et je savais que cette ruelle allait me l’apporter.

Tout se passa très vite. Je ne ressentis presque rien. Je me rappelai vaguement de cette sensation d’engourdissement qui envahissait mes membres au fur et à mesure que le sang quittait mon corps. Ma belle assistante avait planté habilement ses crocs dans ma gorge, et pompait inlassablement le nectar qui en giclait, tandis que les autres l’entouraient et nous regardaient muets et satisfaits. Le fait qu’ils ne participent pas à ma mise à mort me confortait dans l’idée que je subissais une sorte de rituel, une admission dans leur club très fermé.
Je savais que j’allais devenir un vampire. Je me laissais faire ne me sentant nullement en danger. Je savais que je n’étais pas en danger. J’avais en effet changer un peu les règles du jeu. Ceci pour normalement me faire bénéficier de mes nouvelles prérogatives vampiriques, tout en gardant les avantages de mon humanité : la fameuse aptitude à ressentir, choisir, aimer, détester…en bref tout ce qui fait la richesse de l’Homme, sauf bien sûr la véritable mort.
Au fur et à mesure que ma vie s’extirpait de mon corps, je la revoyais toute entière se dérouler, en particulier, les dernières actions que j’avais menées durant les jours précédents. C’est ainsi que je revois « ma quête » auprès de ces sorciers, des êtres desquels je ne concevais même pas l’existence il y a seulement quelques mois. Ils m’ont jeté ce sort puissant, destiné à mettre cette option particulière dans ma transformation…
Je ne sentis même pas le choc de ma tête sur le bitume. Je fermai les yeux. Du sang coulait au fond de ma gorge. Je sus que ce n’était pas le mien.

Ce matin-là, quand je suis revenu à moi, je me suis senti transformé. Mes yeux toujours fermés, j’ai porté immédiatement mes doigts à ma gorge. Les trous étaient bien là et j’ai cru également ne sentir aucune pulsation. Oui, je suis bien mort.
J’ai envie de bouger un peu plus, de me redresser, de tester ce corps nouveau. Voilà, je suis déjà grisé par ce paradoxe : bouger alors qu’on est bel et bien mort.
Je m’étonne de sentir un certain nombre d’objets autour de moi. Je réalise que je suis coincé contre un mur, recouvert sous le poids de nombreux sacs poubelles, entassés, bien serrés. Je décide de me dégager, et réussis enfin à me redresser.
Je reconnais la ruelle. Elle s’ouvre devant moi ; j’avais été laissé contre le mur qui la bouche et en fait une impasse. Je note qu’elle reste particulièrement sombre , si étroite que les rayons du soleil ne peuvent pas y pénétrer. Je comprends alors que cette ruelle faisait partie intégrante de mon rituel de la nuit. J’y avais été abandonné, sans crainte que ma transformation ne subisse un rayon solaire fatal. Fort de cette certitude, je sens une énergie délirante m’envahir. Je suis euphorique. Je suis un vampire, et ça ne parait pas si terrible que ça. Le sort, que m’avaient lancé ces sorciers, y est sûrement pour quelque chose. J’ai donc réussi à « avoir le beurre et l’argent du beurre ». Je savoure mon nouvel état.
Cependant, un détail me tracasse. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi j’ai été laissé là, enseveli sous ces sacs poubelles. Aussi, je continue à me dégager, repoussant aisément les quelques sacs qui m’entravent encore. Quand mes pieds butent contre une petite masse. C’est le corps d’un enfant.
Pas de doute, il est bien mort. Son corps n’est pas mutilé, pâle, sans aucune trace de morsure dans son cou. Il est mort. De quoi, je ne le sais pas. En tout cas, je suis sûr d’une chose : il avait été sciemment placé là, à côté de moi.
Soudain, je suis pris d’effroi. Des tremblements parcoururent tout mon corps. Puis, je me sens à nouveau paralysé. Ma vie s’arrête une seconde fois. Mes yeux ne quittent pas le corps de ce gamin que j’ai reconnu : c’est celui de mon petit frère...

Le soir tombe à nouveau. Ils sont de retour. Ils rient aux éclats m’observant à tour de rôle comme on observe un animal de foire.
Je n’ai pas bougé, toujours paralysé, effrayé. Quoi de plus significatif pour eux : le tableau est si explicite. Ils me lancent: « Elle te tient chaud ton âme ? »…« Ca te fait quoi de sentir cette puanteur brûler en toi ? ». Puis, les rires continuent en fanfare.
Soudain, ils quittent la ruelle quelques instants, mais reviennent aussitôt à la charge. Cette fois-là, ils amènent un invité supplémentaire. C’est une nouvelle victime qu’ils vont achever devant moi. Encore un enfant : l’horreur pour moi face à la plus efficace des cruautés. L’exécution est expédiée. Le festin également. Cette victime leur a servi de repas. Ils l’ont dévorée tout entière.
La jeune assistante, qui avait proposé de m’initier, s’approche de moi. Elle me murmure à l’oreille, de sa plus belle voix sadique : « Tu vas devoir les bouffer maintenant, tu ne peux rien faire d’autre que de les bouffer. Ton corps ne t’appartient plus. Et ton esprit ne pourra que le déplorer. Déplorer ses besoins, déplorer ses envies. Il ne fera que te rappeler le triste déchet que tu seras devenu. Tu ne vaudras pas plus que ces poubelles. Voilà pourquoi tu es né dedans! ». Puis, d’un air dédaigneux, elle fait mine de s’éloigner, mais revient aussitôt parachever sa torture. Elle murmure à nouveau, s’approchant encore plus près de moi : « Tu sais qu’on ne crève pas facilement, nous les vampires. Avant que tu n’es eu le temps de souffrir d’une petite brûlure d’estomac, ton mioche, là, il se sera déjà pas mal faisandé. Tu devrais le bouffer sans attendre. Ca ne sert à rien de le mâter comme ça. Il ne reviendra plus ! ». Cette fois-ci, elle s’éloigne définitivement. Et tous me laissent enfin.
Sans plus attendre, je me penche sur le corps de mon petit frère. Ce n’est plus lui d’ailleurs. Ce n’est qu’un corps. Je me jette sur cette chair morte, la consommant avidement, sans contrôle. En même temps que ces lambeaux de chair glissent en moi, je ressens comme une réelle brûlure me consumer de l’intérieur. Cette douloureuse sensation, je la reconnais. Elle tisse les pans de ma folie. Lorsque je termine ce repas, je lève les yeux sur cette ruelle. J’y reconnais enfin son dessein. Cette ruelle sera mon véritable tombeau. Mais, je n’y mourrai jamais…

Epilogue (San Francisco, Janvier 2011…)

Aujourd’hui, je vais enfin mourir. J’entends ces gros engins progresser lentement. Ils fracassent tout sur leur passage. J’entends les murs de ces vieux bâtiments céder un à un. On réhabilite le quartier. La ruelle va disparaître. Le soleil va enfin pénétrer et arriver jusqu’à moi.
Je décide de sortir brusquement de ma tanière, à découvert. Cet acte, j’aurais dû l’accomplir il y a bien longtemps. Mais, c’est elle qui m’en a empêché. C’est elle, mon âme.
L’immeuble le plus important s’écroule pas très loin de moi. Alors, les rayons du soleil envahissent les lieux comme un raz de marée.
Je tombe à genoux pour me prosterner devant ma délivrance. Les rayons du soleil me baignent totalement.
Quelques secondes, quelques minutes, je réalise que je suis toujours là. Tout me paraît alors évident. Je pense à ces sorciers. Quel abominable pacte avais-je en réalité passé avec eux ?
Je pense à ces vampires qui avaient bien senti que mon châtiment serait bien pire que celui de manger de la chair humaine, morte. Je pense à mon petit frère et à cette terrible folie que sa mort à soulever en moi.
A présent, je comprends. J’ai voulu être plus fort que Dieu et le Diable réunis. Et, ils m’ont tous les deux rendu la pareille.
Les rayons du soleil m’éclairent de toutes parts. Mais je ne brûle pas. Je ne brûlerai jamais. Et, je ne mourrai jamais. Dieu et le Diable m’ont condamné de mon orgueil.
Je lève les yeux sur les ruines de ma ruelle. Elle, au moins, a eu le droit de disparaître. Alors, je recommence à rire…

Fin


Attention : ajout du 9ème texte le lundi soir à 18h00

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MessagePosté le : 05 Jan 2004 10:06
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:jump3: Chouette, de la lecture....Allez zou, impression sur papier (on ne change pas une formule qui marche :D ), analyse, avis plus tard... :wink:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 10:09
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Aaah voilà qui est mieux :jump3: Chouette de la lecture :D

Z'auriez dû voir le post psychédélique quand AiMa a tout posté les quotes dans un même post :evil: C'était cool, mais elle l'a pas voulu le laisser, je comprends pas... :razz: :evil:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 10:12
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:lol: :lol: :lol: Je l'ai vu le post, j'ai cru que mon ordi avait pris froid... :rolleyes:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 10:12
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je ne savais pas que les posts avaient une longueur limitée :razz: ....
franchement, html, c'est mieux que les quotes pour lire :angel:

Maitnenant, faites votre choix et n'hésitez pas à donner votre avis éclairé :smile:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 11:43
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bon je m'attaque a la lecture et vous dit ça !! :relief:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 11:45
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+1 avec pouss'inou :razz:

:salut: l'admin, tu veux pas aller voir ailleurs dis ? :D
*Secoue la patte* Mais tu me lâche oui ?? :boude:

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MessagePosté le : 05 Jan 2004 11:46
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:shock: non mais tu as vue comment tu parles a ton frére ??? :-/
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 11:49
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:nonnon: Il a qu'à pas me harceler comme ça :o
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 12:10
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Enfin :gni:
Bon y'a du boulot, c'est pas comme les signs :) plein de lecture en vue :D
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 12:40
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Eh ben, ça fait un sacré volume :shock:

D'ailleurs, on n'avait pas décidé de délai pour les votes...
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 15:48
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et ou sont les liens pour pouvoir imprimer???

Tout ça à lire!!!!!!!!!!!!!!! :crazy: :crazy: ça promet!!
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 19:05
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Ayé, a tout lu, j'ai déjà ma préférée, mais j'attends la retardataire ;)
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 19:20
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j'ai édité mon psot et rajouter le exte manquant en quote ...
par contre, je n'ai pas le temps de modifier le fichier rtf global, ni d e'lajouter en html ... je dois partir au ciné :smile:

Je le ferrais en rentrant ce soir ou demain matin tôt :smile:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 19:25
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Avalon_Derevko a écrit :
Ayé, a tout lu, j'ai déjà ma préférée, mais j'attends la retardataire ;)

:+1: Je vais lire le dernier texte plus tard quand il sera en html :evil:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 20:30
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Je viens de lire V473 et, malgré quelques faiblesses de style plutôt négligeable, c'est un texte vraiment agréable à lire... beaucoup d'idées, des références savoureuses (surtout les noms), une ambiance techno-maccabre à souhait. Vraiment chapeau...
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 22:07
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J'ai tout imprimé, je m'en délecterai demain dans le train... Super!
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 22:23
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:clap: Ils ont tous une super ambiance....
J'hésite entre le 5 et le dernier...
Vais réfléchir. :smile:
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MessagePosté le : 05 Jan 2004 22:26
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Purée c'est pas un peu beaucoup quand meme :ko:
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