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[Fanfic] [Kallysten & Rowan] Baby Steps

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MessagePosté le : 05 Sep 2003 23:40
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Pas de message ici, que c'est triste... :bluecry: Bon, je ne me risque pas à poster les règles et le bla bla... Je cède ma place, trop crevée pour le faire et y réfléchir et savoir ce qu'il faut mettre exactement aussi... :oups:

Alors, :o voici au moins la première fic, enfin le prologue, de la nouvelle version.

J'espère que ça vous plaira !! :smile:

Titre : Baby Steps

Auteur : Kallysten (kallysten_fr@yahoo.com)

Traductrice : Rowan avec l’aide de Kally (rowan34fr@yahoo.fr)

Disclaimer : les personnages appartiennent à Joss Whedon, WB, UPN, Mutant Enemy et 20th Century Fox Film Corporation et tout ça quoi !

Couple : Buffy/Spike ! Kally n’écrit QUE sur ce couple !! ;)

Spoiler : aucun. La fic se situe après Tabula Rasa (saison 6). Spike n’a donc jamais découvert qu’il pouvait frapper Buffy. Et ils n’ont jamais… euh disons détruit la maison abandonnée.

Note : Je voudrais adresser un grand merci à Kally pour m’avoir laissée traduire sa magnifique fic et m’avoir donnée l’autorisation de diffuser cette traduction qui n’égalera jamais son œuvre originelle.
Vous pouvez lire ses fics en anglais sur son site : ~lien~ et lui envoyer un petit mot : kallysten_fr@yahoo.com (en français, Kally est une française vivant aux Etats-Unis ;) )

Citation :

PROLOGUE - UNE DERNIERE FOIS


Le vampire devant moi ne porte pas son visage de démon, mais je peux dire de toute évidence qu’il est en colère. Une colère assassine. Et c’est certainement une bonne chose à cet instant qu’il ne puisse blesser personne. Il a souvent été en colère, ces derniers temps, quand j’étais près de lui, et c’est comme ça que j’ai appris à reconnaître cette émotion si facilement. Mais jusqu’ici, étonnamment, le regard dur dans ses yeux bleus pailletés d’or n’est jamais allé de pair avec des mots rudes ou des gestes violents. Il a été excessivement prudent autour de moi dernièrement, se contenant sans aucun doute et pensant probablement que ça servirait sa cause ; et le connaissant, ça n’a pas dû être facile. Mais à cet instant précis, je sais qu’il ne ravalera pas sa colère cette fois, et je ne peux que rassembler mes forces pour la tempête que je vois se lever.

Je savais, au plus profond de moi, que ce moment arriverait tôt ou tard. Cela promettait d’arriver depuis cette nuit, il y a deux semaines, quand Alex et Anya nous ont surpris, Spike et moi, au Bronze en train de nous embrasser fougueusement. Ils n’ont rien dit –principalement parce je me suis littéralement enfuie, incapable d’écouter les récriminations auxquelles j’aurais dû faire face. Je sais ce que mes amis pensent de Spike. Le fait qu’il ait combattu à leurs côtés l’été dernier, pendant que j’étais partie, ne semble pas avoir fait tomber la tension entre eux. Bien sûr, ils ont appris à leurs dépens à se méfier des vampires qui sont amoureux de moi et je ne peux donc pas vraiment leur en vouloir. Parfois, j’ai envie de leur rappeler qu’il est de notre côté, mais la lutte n’en vaut pas la peine parce qu’elle soulèverait trop de questions auxquelles je ne veux pas répondre. Auxquelles je ne peux pas répondre.

C’était la nuit où Giles est parti, la nuit après cet affreux sort jouant avec nos esprits auquel Willow nous avait tous soumis. Affreux parce que quand il s’est arrêté, je mourrais toujours d’envie de retomber dans l’oubli qui avait habité Joan. Et j’étais alors si vide, seule et déprimée, et j’avais tant besoin d’être câlinée et d’oublier pendant un petit moment, que ça n’avait aucune importance de savoir à qui appartenaient les bras ou les lèvres du moment qu’ils étaient là. C’est ce que je me suis dit, inlassablement. C’est ce que j’ai dit à Spike, et sa réponse a été de se renfrogner et de me dire de sortir de sa crypte. C’est ce que j’ai dit à Alex et Anya quand je les ai vus le lendemain. Même si leurs expressions en disaient beaucoup plus, ils ont accepté mon excuse, m’assurant que le fait que j’avais eu besoin de réconfort après tout ce que j’avais traversé était compréhensible. Tout ce que j’ai traversé en partie par leur faute, mais ça ils ne l’ont pas dit et je ne l’ai pas relevé non plus. Ce qui a été dit cependant, avec une grande prudence, c’est que peut-être, juste peut-être, j’avais besoin de me faire de nouveaux amis. De nouveaux amis de sexe masculin. De nouveaux amis de sexe masculin appartenant au genre humain. C’est seulement une preuve de mon désespoir que j’ai accepté de rencontrer Richard.

Contre toute attente, j’aime bien Richard. Dawn ne l’aime pas mais elle n’a finalement jamais aimé aucun de mes petits amis. Excepté Spike – qui aurait seulement voulu être mon petit ami. Il est mignon. Richard, je veux dire. Spike et mignon sont deux mots qui ne vont pas dans la même phrase. Spike est… Assez parlé de Spike. Richard est celui avec qui je sors. Richard est mignon. Bien élevé. Drôle. Et très humain. Nous sommes sortis plusieurs fois, d’abord avec Alex et Anya, dans une espèce de double rendez-vous embarrassant, puis par nous-mêmes. Il y a eu quelques baisers. Des baisers agréables. Pas des baisers pouvant provoquer des tremblements de terre, mais des baisers agréables. Au point que j’ai décidé de tout lui dire sur la Tueuse après seulement deux semaines. Comme ça, s’il ne pouvait pas y faire face, je le saurais avant qu’une blessure ne soit infligée à mon cœur déjà trop meurtri. A ma grande surprise, il l’a pris très bien, admettant qu’il avait suspecté depuis un moment que quelque chose ne tournait pas vraiment rond à Sunnydale. Il a demandé à m’accompagner, pour voir exactement ce que je fais et après y avoir réfléchi quelques jours, j’ai accepté. Je ne l’ai pas emmené tout de suite cependant. Je devais d’abord faire le ménage et déblayer le terrain.

Je ne voulais pas de pépin pour la première patrouille de Richard. Un pépin ressemblant à un blond décoloré. Le même pépin qui est en train de me jeter un regard furieux.

Je savais que ça allait arriver, je ne le savais que trop bien, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Quand j’ai commencé à sortir avec Richard, j’ai continué de rechercher la compagnie de Spike pour patrouiller. J’ai recherché son écoute même quand je ne pouvais rien lui dire. Recherché ses lèvres aussi quand la tristesse refaisait surface et que c’était la seule chose qui pouvait me faire sentir vivante à nouveau. Qui pouvait me faire ressentir quelque chose, un point c’est tout. Jamais plus que ses lèvres. Sans même parler de ses lèvres et des miennes. Sans même appeler ça un baiser. C’est ce qui le rendait furieux la plupart des nuits, c’est comme ça que j’en suis venue à reconnaître ce regard si bien. Et pourtant, chaque nuit, quand j'apparais à la porte de sa crypte, il est toujours prêt à partir. Prêt à essayer encore de m’atteindre, je crois. N’acceptant pas que je ne le laisserai pas, que je ne peux pas le laisser faire ça.

La nuit dernière, je suis allée le voir, comme d’habitude. Et je lui ai dit que je ne patrouillerais pas ce soir et qu’il pouvait donc faire autre chose pour changer. Il a haussé les épaules avec son habituelle nonchalance, et j’ai respiré un peu plus facilement en comprenant qu’il m’avait crû sans problème. Parce que c’était un mensonge. Mais je ne pouvais pas l’avoir dans les alentours pour patrouiller ce soir. Pas le soir où j’ai dit à Richard qu’il pouvait me suivre. Pas alors que Spike ne sait rien de Richard. Richard a entendu parler d’un gars qui est supposé me suivre à la trace, mais Spike n’est au courant de rien.

Mais maintenant, il sait, n’est-ce pas ? Il n’aurait pas dû être dans les parages, et pourtant il y est. Ce n’est pas son cimetière et je n’avais pas planifié d’aller quelque part où il pourrait être ce soir, alors pourquoi Spike est-il là ? Est-ce qu’il patrouillait tout seul ? Pourquoi ferait-il une telle chose ? Je m’attendais plutôt à ce qu’il aille faire une partie de poker, pariant des chatons, ou qu’il soit planté devant ses stupides feuilletons. Je ne m’attendais certainement pas à ce qu’il tombe par hasard sur nous et notre petit rendez-vous –est-ce un rendez-vous ? Sommes-nous seulement déjà un couple ? –alors que ma main tenait celle de Richard. Ou plutôt, il tenait ma main. Je l’ai libérée dès que je l’ai vu, mais c’était trop tard, il avait remarqué. Il remarque toujours. Ses pupilles se sont rétrécies instantanément, premier signe de sa colère qui va éclater à tout moment maintenant.

« A quoi tu joues ? », il grogne finalement, la voix dangereusement basse.

« A quoi ça ressemble ? », je réplique en essayant de masquer mon malaise. « Je suis en train de patrouiller, je suis le genre de fille à roder dans les cimetières, embrocher des vampires comme toi. »

« Tu chasses, et lui, il fait quoi ? Il sert d’appât ? »

Il fait un geste en direction de l’humain à mes côtés avec la main qui tient sa cigarette et le bout rouge dessine un large arc dans l’air frais de la nuit.

Je croise mes bras, agacée par la tournure que la soirée est en train de prendre. Je me demande ce que Richard peut bien penser. Je me demande ce que mes amis vont penser quand ils vont apprendre tout ça. Et j’espère aussi fort que je le peux que Spike ne dira rien qui me forcerait à le tuer immédiatement.

« Je ne vois pas en quoi ce que nous sommes en train de faire te concerne d’une manière ou d’une autre », coupe Richard avant que je ne puisse dire un mot.

Le regard du vampire, qui a été fixé sur moi jusqu'à maintenant, glisse vers lui, et il l’observe froidement. Il ne dit rien, mais ses yeux reviennent alors sur moi, et à présent, à travers la colère, je devine la peine aussi, et les accusations. Oui, je lui ai menti. Oui, je lui ai dit que je n’irais pas patrouiller avec lui ce soir pour essayer de le garder à distance. Oui, ce type près de moi est mon petit ami. Oui, je sors avec quelqu’un d’autre tout en lui laissant encore l’espoir dont il a désespérément besoin.

Oui, je suis désolée.

Toute cette conversation se déroule en silence alors que l’on se dévisage, et Richard doit savoir qu’il se passe quelque chose parce qu’il est silencieux lui aussi à présent comme s’il attendait que quelque chose se produise. Et quelque chose se produit en effet. Spike jette le filtre de sa cigarette alors qu’il fait un pas en avant, et je m’attends à ce qu’il me frappe malgré la douleur que lui infligerait la puce. Et je suis prête à recevoir le coup, prête à y riposter de la même manière. Mais il fait quelque chose que je n’aurais jamais imaginé. Il prend brutalement mon visage dans ses deux mains et au même instant sa bouche est sur la mienne, avide d’une réponse en retour, et comme toujours, parfaite. Durant une demi-seconde, je me laisse tomber dans ce baiser, parce que j’en ai tellement besoin, parce que c'est le feu que j’ai perdu quand ils m’ont ramenée, parce que c’est tout simplement trop bon pour le refuser… Et puis, je me rends compte que je ne peux pas, pas ici, pas maintenant, pas avec Richard juste à côté de moi, pas même si je le veux tellement. Je le repousse et bizarrement, il ne réagit pas. Pas physiquement, je veux dire.

« Assez joué », dit-il d’une voix glaciale en complète contradiction avec la tempête menaçant dans le plus profond de ses yeux. « Dis-moi que tu n’as rien senti. Regarde-moi et dis-moi que juste maintenant, pendant cette seule seconde, tu n’as pas senti plus que tu n’as jamais ressenti avec lui. Dis-moi que j’ai tort quand je dis qu’il y a quelque chose. Ou dis au grand con que c’est fini. »

Je déteste le fait qu’il me connaisse si bien. Je déteste la manière dont il peut prendre mes paroles et les retourner contre moi. Je déteste le fait qu’il soit le seul à me faire ressentir encore quelque chose. Je déteste le fait qu’il ose même me donner un ultimatum. Et je suis certaine que je devrais simplement le détester, lui.

Une main, une main humaine, se pose sur mon épaule et je fais l’effort de refouler ma réaction initiale, qui est de la repousser. Et c’est alors que les paroles de Spike commencent à faire sens. Assez joué, a-t-il dit. L’heure du jeu est terminée. L’heure des mensonges est terminée. Pas seulement le fait de lui mentir à lui, à eux, mais aussi le fait de me mentir à moi-même. Il est temps que je choisisse, que j’énonce ce que je veux, même s’il n’y a aucune parade, aucun défilé et aucun trombone pour accompagner ma décision.

Qu’est-ce que je veux ?

Qui est-ce que je veux ?

Le vampire devant moi et le feu brûlant de sa passion, ou l’humain à mes côtés et la vie presque normale qu’il pourrait m’offrir ? Je me souviens d’un autre vampire qui a déjà fait ce choix pour moi. Et dans cette seconde où le temps semble être suspendu, alors que Spike attend le verdict presque comme si sa vie en dépendait, je ne peux m’empêcher de me poser la question - si je le choisis, ne décidera-t-il pas lui aussi, un jour, que je devrais avoir plus que ce qu’il peut m’offrir ? Me quittera-t-il, soi-disant pour mon bien, me disant de me trouver un amour humain ? Si c’est comme ça que ça finirait, je ferais aussi bien de prendre moi-même la décision, de nous épargner à tous les deux le chagrin de la séparation, m’épargnant par la même l’envenimement causé par la désapprobation de mes amis. Ils ne comprendraient jamais si j’avais une autre relation avec un vampire, ils ramèneraient constamment Angel dans la discussion –n’est-ce ce que je viens de faire moi-même ?- et ça nous rendrait, Spike et moi, complètement fous. Je connais déjà leurs arguments, je n’ai même pas besoin de les entendre de leurs bouches. Oui, il est un démon. Oui, il a essayé de les tuer, et moi aussi, plus d’une fois. Oui, il n’a pas d’âme. Oui, la puce peut cesser de fonctionner à tout moment et il serait alors à nouveau une menace pour la bande. Oui, il ne nous aide certainement que pour marquer des points auprès de moi. Oui, je sais tout ça. Ils ont probablement raison.

C’est en même temps la décision la plus facile que je n'ai jamais eu à prendre, et la plus difficile.

« Tu as tort. » Je mens une dernière fois. « Il n’y a rien. Je n’ai rien ressenti. Tu dois partir, Spike. »

Alors que les mots s’échappent de mes lèvres, pendant un tout petit instant, il y a un flash révélant la peine la plus profonde que je n'ai jamais vue sur ses traits fins. Et puis, il n’y a plus rien. Plus rien qu’un impassible et inexpressif masque de marbre. Il n’a même plus l’air d’être en colère. Il se redresse un peu, se tenant de toute sa hauteur comme si un poids avait été retiré de ses épaules, et il m’observe encore un moment. J’ai soudainement la nette certitude qu’il est en train de mémoriser mon visage. Puis, il acquiesce et sans un mot, il tourne les talons et s’éloigne.

Alors que je le regarde disparaître, la main sur mon épaule m’étreint légèrement, et je peux entendre des paroles réconfortantes me parvenir. Mais je ne les saisis pas, parce qu’une autre certitude vient juste d’emplir toute ma raison, laissant la place à une seule évidence et rien d’autre.

Spike est parti.

Il y avait un adieu dans ce dernier regard, dans cet acquiescement, même s’il n’a rien dit. Il n’est pas juste hors de ma vue, mais il est parti pour de bon.

Ce n’est pas la première fois que je lui dis de s’en aller.

Mais cette fois-ci sera la dernière.

Parce que cette fois, il est vraiment parti.


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MessagePosté le : 08 Sep 2003 23:01
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CHAPITRE 1 – TOUJOURS UN IMBECILE


J’arrête la voiture un moment et je cherche à travers le coin net du pare-brise le numéro du building devant moi. Je vérifie à nouveau le papier froissé, mais je sais déjà que c’est le bon. Remettant le moteur en marche, j’avance juste au coin de la rue et je trouve une place où me garer. J’espère que la voiture sera toujours là quand je reviendrai, le quartier n’est pas vraiment le plus sûr de New York. Et après tout, peu importe. Si quelqu’un me la vole, j’aurai juste à en voler une autre moi-même. Ce ne serait pas la première fois, ni la dernière. C’est plus ennuyeux que difficile de toute façon. Ennuyeux principalement parce que je devrais peindre les vitres de la nouvelle. Juste au cas où elle disparaîtrait pendant que je serai en train de régler mes affaires, j’attrape la bouteille à moitié pleine de Jack Daniel’s sur le siège passager avant de la glisser dans la poche de mon manteau. Elle dépasse, mais ce n’est pas grave. Mon autre poche est pleine elle aussi, avec un autre genre de liquide. J’hésite un moment pour l’épée et la hache dans le coffre. Ce sont de bonnes armes, et elles se sont déjà avérées très utiles quelques fois durant ces derniers mois, mais elles ne m’aideraient pas vraiment ce soir car le type est supposé être humain. En plus, se pointer avec une arme dans chaque main ne donnerait probablement pas la meilleure des premières impressions, et je ne veux vraiment pas qu’il pense que c’est plus sûr s’il ne fait pas son job.

Avec un dernier coup d’œil à la voiture – ce n’est pas ma chère De Soto, mais elle a été plutôt fiable depuis que je l’ai fauchée à Cleveland, bon kilométrage aussi - je me dirige vers l’entrée du building, allumant une cigarette sur le chemin, mon regard balayant les alentours dans un réflexe inconscient. Toujours bien connaître ton terrain, tu ne sais jamais quand tu auras besoin de courir pour échapper à une meute en rogne – ou pour choper une proie. C’est ce qu’on m’a appris, il y a une vie ou deux. Il y a des leçons qui ne s’effacent jamais.

Ce n’est pas une maison, plutôt un genre d’entrepôt. Ou une ancienne fabr… Non, je ne penserai pas à Sunnydale, ce putain d’enfer. Le building de cette firme à LA était un peu plus attractif –il avait un air plus professionnel - mais leur prix était un peu trop… inhabituel pour que j’accepte. Et puis, je ne sais pas, c’est juste qu’il y a une chose à propos des avocats qui m’agace, alors leur faire confiance pour mon cerveau, ça n’était pas très attrayant. La grognasse a semblé déçue quand j’ai décliné son offre. Je crois que c’était une bonne idée de quitter la ville juste après. Quitter l’Etat même.

Ecrasant ma cigarette sous le talon de ma botte, je frappe à la porte. Fort. Le démon de la Bouche de l’enfer qui m’a parlé de ce type a mentionné qu’il devenait un peu sourd. Je me fiche de ça, tout ce qui m’importe c’est que ses mains ne tremblent pas quand il trifouillera dans ma tête. Quand je dis Bouche de l’enfer, je veux parler de Cleveland bien sûr. Elle n’est pas aussi active que celle de Californie, et la population de démons n’est pas aussi importante, mais elle a fait l’affaire. C’est que, puisqu’ils n’ont pas une putain de Tueuse les hachant menu à chaque fois qu’elle est de mauvais poil, leur durée de vie est légèrement plus longue que celle des démons de… l’autre endroit. Et donc, ils ont des trucs plus intéressants à raconter. Comme, par exemple, le nom de ce chirurgien à New York qui est spécialisé en démons. Mon informateur m’a raconté à n’en plus finir les demi-exploits que le sacré bonhomme est supposé pouvoir réaliser, mais c’est mon meilleur tuyau depuis LA, après beaucoup d’arrêts infructueux sur le chemin, alors j’ai simplement foncé.

Et maintenant, me voilà. Devant cette porte qui s’ouvre enfin sur une vieille femme. Vieille, mais elle a en main ce qui ressemble de très près à une matraque électrique lorsqu’elle me demande ce que je veux.

« J’ai entendu dire qu’il y a quelqu’un ici qui aide… les citoyens ayant des besoins spéciaux », je réponds en me demandant si elle est la femme du type.

S’il est aussi vieux qu’elle, est-ce que je veux toujours qu’il… et puis merde, oui. Peu importent les risques. Je veux juste qu’on m’enlève cette foutue chose. Et si je m’en sors avec des dommages au cerveau, tant mieux, au moins je ne penserai plus à… Non, je ne suis pas en train de penser à elle.

« Les citoyens ayant des besoins spéciaux ? », répète-t-elle avec un sourire forcé. « Est-ce que c’est le terme politiquement correct ? On les appelait démons de mon temps. »

Sur ces entre faits, elle m’invite à entrer et je remarque qu’elle n’a pas baissé la matraque électrique, qu’elle ne s’est pas détendue le moins du monde. Elle remarque mon regard accusateur et son sourire prend un air presque désolé.

« Nous sommes dans ce business depuis très longtemps », explique-t-elle. « Certaines précautions se sont avérées nécessaires parfois. Ce n’est rien de personnel. »

Je décide sur-le-champ que je l’aime bien. Je ne suis pas sûr pourquoi, juste une intuition. Ca doit avoir un rapport avec le fait que les battements de son cœur sont restés réguliers, même si elle sait –ou pense savoir- que je pourrais être dangereux.

Nous sommes dans une sorte de hall avec plusieurs portes de chaque côté, et elle me conduit vers celle qu’une plaque de bronze désigne comme le bureau. J’entre et à l’instant où je m’assois, une autre femme entre dans la pièce. Elle doit avoir aux alentours de trente ans, un peu plus petite que moi, avec de longs cheveux blonds. Dieu merci, ses yeux sont bleus. Elle s’installe de l’autre côté du bureau et je ne peux m’empêcher de froncer les sourcils.

« Vous êtes le doc ? », je lui demande avant qu’elle ne puisse dire un mot.

« Oui, on dirait bien », répond-t-elle légèrement amusée. « Dr Schutz. Ou vous pouvez m’appeler Karen. Et vous êtes ? »

« Spike », je réponds automatiquement avant de l’interroger à nouveau. « On m’a parlé d’un type. Un vieux type. Pas d’une jeune femme. »

Elle lâche un petit rire. « Merci pour le ‘jeune’. Le vieux type est mon père. Il a pris sa retraite, et j’ai pris la suite. Vous avez un problème avec le fait qu’une femme puisse vous aider, Monsieur Spike ? »

« Juste Spike », je réponds en lui lançant mon meilleur sourire. « Et non, je n’ai aucun problème avec les femmes. Pas de problème du tout. »

Pas avec les femmes. Avec une femme, une seule, oui, mais j’y travaille.

Elle se met à rire doucement à nouveau au regard sensuel que je lui lance. « Bien. Pourquoi est-ce que vous ne me dites pas comment je peux vous aider ? »

A cet instant, plusieurs moyens intéressants me viennent à l’esprit, mais je lui raconte le problème le plus pressant. C’est après tout la raison pour laquelle j’ai traversé ce putain de continent américain d’ouest en est. S’il y a quelque chose d’autre qu’elle souhaite faire pour moi –et bien, ça peut attendre un peu, n’est-ce pas ?

« Je n’ai jamais opéré sur un cerveau de vampire », dit-elle quand j’ai fini de lui raconter pour la puce. Pas les détails, bien entendu. Elle n’a pas besoin de savoir quelle est sa fonction exacte, n’est-ce pas ? Penser que c’est un dispositif de repérage ne changerait rien pour elle.

« Vous êtes un vampire, c’est ça ? », ajoute-t-elle après réflexion.
« Comment le savez-vous ? »

« C’est ma branche de travail, non ? », sourit-elle. « Comme je le disais, ce sera une première pour moi, mais… »

« Vous pensez pouvoir le faire ? », je l’interromps.

« Si je ne peux pas, je le saurai avant d’aller assez loin pour causer des dégâts. »

Au moins, elle est honnête. J’en suis venu à apprécier ça chez une femme.

“Combien ?”

Elle m’annonce son prix, et je ne le discute pas. Si elle peut m’opérer, ça le vaut bien. Si elle fait de moi un légume, marchander pour économiser une centaine de dollars, ou même un millier, ne m’aidera pas plus. Je sors l’enveloppe de mon manteau et compte l’argent devant elle. De l’argent difficilement gagné. J’ai perdu le compte du nombre de parties de billard et de poker auxquelles j’ai participé sur mon trajet. Même si la petite halte à Vegas a été plutôt utile.

Elle n’est pas éblouie à la vue des billets qui sont maintenant sur son bureau, donc je suppose qu’elle est habituée à voir ce genre de sommes, mais elle fronce les sourcils quand je lui annonce que je suis prêt.

« Maintenant ? Vous ne voulez pas vous reposer, ou… »

« J’aurai tout le temps de me reposer quand ce sera fait, poussin », je coupe. « J’ai vécu, façon de parler, avec cette foutue chose depuis trop longtemps déjà. Je veux que vous me l’enleviez. »

Elle arbore un petit sourire. « Bien sûr, je comprends votre impatience, mais moi, j’ai besoin de mon sommeil réparateur. Je ne crois pas que vous vouliez que je m’endorme au milieu de l’opération, n’est-ce pas ? »

Je grince des dents pour dissimuler un soupir. « D’accord. Demain soir ? »


« Pourquoi pas demain matin ? »

Avant que je ne puisse lui rappeler mon petit problème avec le soleil, elle ajoute : « Vous pouvez dormir ici. Ou simplement rester et regarder la télé ou faire ce qu’il vous plaira si vous ne dormez pas la nuit. Nous avons des chambres pour patients, vous pouvez en avoir une, sans frais supplémentaires. »

Ils n’ont en l’occurrence pas seulement des chambres, mais aussi un garage à l’arrière du building, donc ma voiture sera toujours là une fois que je sortirai d’ici. Et digne d’un parfait petit hôtel pour vampires, ils ont aussi du sang humain en poches plastiques. J’imagine que c’est pour décourager certains de leurs invités de goûter au personnel. Parfait pour moi. Je ne vais plus à avoir à me les mettre sous la dent pour très longtemps de toute façon.

Et donc, une fois que tout est arrangé, je me trouve dans cette chambre trop propre, avec une télé, un mini-frigo, un four à micro-ondes, un lit confortable et plus de temps à tuer que je ne sais quoi en faire. Je vide deux sacs, zappe sur une centaine de chaînes ou plus jusqu’à ce que je trouve quelque chose d’à moitié décent, et j’essaie de toutes mes forces, comme chaque nuit, chaque jour depuis que j’ai quitté cette ville maudite de Californie il y a des mois, de ne pas penser à elle, de ne pas voir son visage, de ne pas la goûter sur mes lèvres, de ne pas sentir sa chaleur dans mes bras, de ne pas respirer son odeur et de ne pas entendre sa voix.

Ca marche aussi bien que d’habitude. C’est-à-dire, pas du tout.

Maintenant que je suis là, je dois admettre que ce petit périple à travers les foutus Etats-Unis, à la recherche d’informations, noms, pièces d’un puzzle, a été autant un moyen de retrouver mes crocs que de m’éloigner d’elle. Physiquement, ça a marché, parce que je peux difficilement aller plus loin sans traverser l’océan. Mentalement, c’est une toute autre histoire. C’est une bonne chose que j’ai mon vieil ami Jack ici. Seulement la moitié d’une bouteille, pas assez pour me soûler mais au moins je pourrai me taper un petit ronflement. Peut-être, j’espère, suffisamment pour noyer ses paroles. Un vampire peut rêver, non ?

Oh ouais, les rêves, c’est tout à fait autre chose.

La moitié du temps, je rêve que je la baise jusqu’à ce qu’elle en meure. Ca commence toujours pareil. Le même baiser, brûlant, violent qui fait que rien d’autre n’existe que nous, comme ceux que nous avons partagés quelques délicieuses fois. Et ensuite, c’est toujours différent. Parfois, c’est doux et tendre. Parfois, c’est brutal et violent. Parfois, un mélange des deux. Et parfois, c’est tout simplement indescriptible. Juste comme elle.

Le reste du temps… et bien, elle meurt aussi, mais ce n’est pas aussi plaisant pour elle. Etrangement, pas aussi plaisant pour moi non plus. J’ai tué une Tueuse ici, dans cette même ville, avant même que l’actuelle ne soit née. Ce fut l’une des plus belles nuits de ma vie. Un de mes plus beaux combats. Une de mes plus belles danses. Mais à cet instant, l’idée de tuer la Tueuse m’enchante autant que celle d’aller faire une ballade sous le soleil. Et non, ça ne veut pas dire que je suis suicidaire. Au moins, si je ne peux pas l’avoir, je sais qu’elle est toujours là. Même si je suis loin d’elle, nous partageons toujours quelque chose. Nous sommes tous les deux de ce monde. Le monde que nous avons sauvé ensemble une ou deux fois, non ?

Mon Dieu, je suis au-delà du pathétique.

La façon dont je suis parti n’est-elle pas pathétique ? Ok, elle m’a dit de partir, mais depuis quand est-ce que j’écoute ce qu’elle dit ? J’aurais dû continuer de me battre, voilà ce que j’aurais dû faire. Me battre avec elle, me battre pour elle, me battre contre elle, jusqu’à ce qu’elle… Jusqu’à ce qu’elle fasse quoi ? Jusqu’à ce qu’elle proclame finalement son amour éternel pour moi ? Sans blague ! Comme si elle se serait abaissée au niveau du monstre que nous savons tous les deux que je suis. Plus probablement, jusqu’à ce que je craque complètement et fasse quelque chose que j’aurais regretté, quelque chose qui l’aurait conduite à me réduire en poussière.

Non, c’est probablement mieux que je sois parti. Mieux pour elle, mieux pour moi.

Au moins maintenant, j’ai fini de me conduire comme un imbécile.

Et si je continue de me répéter ça, peut-être que je finirai par y croire.


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MessagePosté le : 11 Sep 2003 19:28
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J'adore Rowan
:clap: à l'auteur c'est excellent.... :venere:

Tu postes la suite, s'il te plait :bisou: ?
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MessagePosté le : 11 Sep 2003 23:33
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Il suffit de demander Aigue !! Contente que ça te plaise. :smile:

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CHAPITRE 2 – PENSEES NOCTURNES


Le ciel est magnifique ce soir. La nuit est magnifique. Ma vie est magnifique.

Elle l’est, non ? Je veux dire, tout est finalement si parfait. Si calme. Si paisible. Si merveilleusement… ordinaire.

Bon, la plupart du temps paisible, et essentiellement ordinaire. Aussi paisible et ordinaire que la vie d’une Tueuse puisse être. Je sors toujours chaque nuit pour chasser, comme maintenant. Deux vampires ce soir, c’est plutôt tranquille, je devrais rentrer à la maison bientôt. Comme d’habitude, ce soir je n’ai eu que des vampires pas très brillants, réduits en poussières en une minute. Bien sûr, pour rompre la routine, de temps en temps, nous avons droit au démon bizarre et son grand plan de domination du monde ou de l’éradication de Noël. Alors, la bande se retrouve au Magic Box pour faire des recherches super amusantes et puis, grosse surprise, je dois le tuer. Juste le travail habituel sur la Bouche de l’Enfer, comme nous y sommes à présent tous habitués. Ca fait sept ans que je suis la Tueuse à Sunnydale. Sept ans qu’Alex et Willow savent que les démons existent, un petit peu moins pour Tara et Dawn. Anya, et bien, elle le savait bien avant nous, non ? Et Richard le sait depuis près d’un an maintenant.

Déjà un an que…

Nous avons dû faire face à des choses plutôt intéressantes, pendant cette année. Pour une fois, nous avons combattu –si je peux appeler ça un combat, c’était plutôt plus comme un agacement incessant- des humains exaspérants, dérangeants et dérangés. C’était plutôt sympa, pour changer, de finalement livrer quelqu’un à la police au lieu de se débarrasser des corps, comme je le fais avec les démons. Sympa aussi d’obtenir cette récompense pour avoir restitué le diamant qu’ils avaient volé. Elle s’est avérée essentielle quand nous avons dû payer pour les petites erreurs de Dawn. Elle va mieux maintenant. Nous allons mieux. Me rendre compte, le jour de mon anniversaire –bien sûr que c’était à mon anniversaire, les galères et l’anniversaire de Buffy sont de parfaits synonymes – qu’elle avait des tendances clepto m’a ouvert les yeux. Je n’avais plus vraiment été une sœur pour elle depuis mon retour, et un de ses meilleurs amis avait quitté la ville sans un mot à cause de moi. Nous avons eu une sacré dispute, d’ailleurs, quand elle découvert ça.

J’ai dû me faire violence pour faire mieux et agir au mieux. Pour être une meilleure sœur pour Dawn, une meilleure amie pour la bande, une meilleure petite amie pour Richard, une meilleure Tueuse. Ca n’a pas été facile. C’est toujours difficile aujourd’hui. Il me semble toujours qu’une partie de moi est absente, mais je m’efforce d’ignorer ça et de continuer de faire semblant. Je me suis améliorée pour ça aussi. Je suis imbattable pour coller un sourire sur mon visage et prétendre que tout va bien même quand tout ce que je voudrais, c’est m’allonger et dormir pendant une centaine d’années. Ou pour toujours.

A part la Débâcle des Trois Idiots, comme nous l’avons appelée, et y compris le fait que j’aie été invisible, que je me sois presque livrée à la police, et que j’aie été prisonnière dans une sorte d’asile imaginaire, il s’en est passé des choses durant cette année. Alex et Anya ne se sont finalement pas mariés. Anya a disparu pendant un temps, et est redevenue un démon vengeur. Ils essaient à nouveau de sortir ensemble, et j’espère que ça marchera pour eux au bout du compte.

Ca a marché pour Willow et Tara, alors peut-être qu’il y a de l’espoir. Elles sont à nouveau ensemble depuis le mois de mai dernier. Willow a quitté notre maison, elle habite dans une chambre universitaire avec Tara maintenant. Elle ne fait plus de magie et s’y tient, nous sommes tous très fiers d’elle. Quand Willow a déménagé, j’ai migré dans la chambre principale. Et Richard a emménagé. C’était de toute évidence plus logique vu qu’il passait tellement de temps ici de toute manière. Ca aide d’un point de vue financier aussi.

J’ai aussi quelque chose, quelqu’un, à rejoindre chaque nuit après avoir patrouillé. Il voulait patrouiller avec moi, au début, mais je l’en ai dissuadé. Il est humain, pas entraîné au combat, il aurait fini par être blessé, et je ne pouvais pas laisser ça se produire. Il travaille toujours pour la même entreprise de construction qu’Alex, et je travaille toujours à cet enfer qu’est le Doublemeat Palace. Mais je prends à nouveau des cours à l’Université de Sunnydale. Entre le travail, les cours, les patrouilles, Richard et Dawn, j’ai rarement le temps de prendre un moment pour m’asseoir et réfléchir. Ce qui est probablement mieux ainsi. Trop de réflexions peuvent nuire.

Dawn n’apprécie toujours pas beaucoup Richard, mais au moins elle le laisse moins transparaître qu’au début. Je crois qu’elle s’est habituée à l’idée qu’il est parti pour de bon, qu’il ne reviendra pas, et que c’est mieux ainsi. Elle ne parle plus du tout de lui. Et moi non plus. Aucun de nous ne parle plus de lui. Qu’est-ce qu’il y aurait à dire de toute manière ? Ce n’est pas comme s’il avait vraiment été un membre de la bande, n’est-ce pas ? Nous ne l’avons jamais autorisé à être un des nôtres, malgré tout ce qu’il a fait, à cause de tout ce qu’il avait fait avant ça.

Je crois que c’est quand je patrouille qu’il me manque le plus. Quand je suis toute seule, et que j’ai une bonne répartie, et personne à qui la dire. Oui, je sais, il n’aurait même pas ri, il aurait juste levé un sourcil, prétendu que c’était une tentative minable de faire de l’humour, mais je sais qu’il aurait ri intérieurement parce qu’il aurait eu cette petite lueur dansant dans ses yeux. Et c’est vraiment effrayant combien je peux voir clairement cette petite lueur dans mon esprit à cet instant.

Je passe à sa crypte parfois. Pour dire bonjour à Clem, lui demander s’il n’y a rien de nouveau dans le monde souterrain des démons. Je ne lui demande jamais s’il a des nouvelles, mais je suis sûre qu’il me le dirait s’il en avait. Ou du moins, j’espère qu’il me le dirait. Je n’irai pas là-bas aujourd’hui, pas ce soir. Ce serait trop difficile d’y aller ce soir. Il y a des nuits comme ça parfois.

C’est plutôt difficile de ne pas savoir ce qui lui est arrivé. Pour autant qu’on le sache, il pourrait n’être que poussière. Ou peut-être est-il retourné près de Drusilla. Ou peut-être… Je ne sais pas. Que pourrait-il faire d’autre ? Je crois que je ne le connaissais pas du tout si je ne peux pas trouver plus de deux idées sur ce qu’il aurait pu faire de sa vie. De sa mort. Peu importe.

Je ne m’autorise à penser à lui seulement quand je suis en patrouille. Parce que, en tant que vampire, il faisait partie de la vie de la Tueuse. Pas de celle de la fille normale. Et pourtant, mon esprit me joue des tours parfois. Il y a ce type sur le campus, avec qui j’ai un cours en commun, qui lui ressemble tellement que ça en est presque effrayant. Ce n’est pas lui pourtant –j’ai vérifié. Et parfois, quand je suis au travail, un des clients a ses yeux, et je le regarde un peu plus longtemps que nécessaire. Et je ne comprends pas pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi son image envahit toujours mon esprit. Ce n’est pas comme si je l’avais jamais aimé. Pas comme si je m’étais souciée de lui. Pas comme s’il y avait eu une petite chance pour l’amour de Dieu que ça ait pu marcher entre nous.

Je crois que je me sens tout simplement coupable. Quand je lui ai dit de partir, je ne voulais pas qu’il quitte la ville, qu’il parte pour toujours. Je voulais juste dire… Je ne sais pas ce que je voulais dire. Mais d’une façon ou d’une autre, je crois que j’ai tout fichu en l’air. En beauté. Ce qui est réellement bizarre, parce que hey, j’ai un super petit ami. Gentil, prévenant, compréhensif, aimant. Normal. C’est vers mon petit ami que mon esprit devrait vagabonder. C’est vers lui que je devrais aller maintenant, au lieu de rester sur ce banc encore un peu.

Oui, la nuit est magnifique. Si seulement ma vie pouvait l’être aussi.

***

“Spike ?”

“Oui poussin ?”

“Qui est Buffy ?”

Et avec ces trois mots, le fragile château de cartes que j’ai construit ici depuis que je n’ai plus la puce s’effondre. J’arrive à me forcer à ne pas penser à elle, ça ne change rien au fait qu’elle est toujours là.

Trois mois que je suis un vampire libre. Libre, oui, c’est ça. Je ne sais pas si je serai libre tant qu’elle sera de ce monde. Ou même quand elle ne le sera plus. Trois mois que je suis libre de tuer. Et à nouveau : c’est ça, oui, bien sûr…

J’ai essayé, la première nuit après l’opération. Je suis sorti, j’ai suivi à la trace un parfum attirant et j’ai déniché une très jolie fille. Elle a cru que je voulais tirer un coup, je n’ai pas dit non. J’ai passé un moment grandiose dans une chambre pas si grandiose. Mais quand est arrivé le moment de tuer… je l’ai mordue, aucun problème jusque là. Elle avait bon goût, mais bien sûr après n’avoir eu que du sang réchauffé pendant si longtemps, n’importe quoi de frais aurait eu bon goût. Mais je n’ai pas pu la terminer. Je l’ai laissée inconsciente, mais je sais qu’elle a survécu, et maintenant, elle a une histoire de plus à raconter sur oh combien sa vie est merdique. J’ai essayé de chasser des hommes, mais ce n’est pas mieux. Je me nourris, mais je ne peux pas tuer. J’ai essayé, Dieu sait combien j’ai essayé et essayé, mais je ne peux pas. Parce que quand je suis sur le point d’y arriver, je vois des yeux noisette –rien de plus que des yeux- qui me regardent avec un air entre désapprobation et pitié. Et je ne peux tout simplement pas tuer.

Et puis, il y a Karen. En l’occurrence, mon docteur préféré s’est avérée être une groupie, fan de vampires. Je l’ai découvert quand je suis revenu de ma première tentative de chasse ratée pour reprendre ma voiture et foutre le camp de cette putain de ville. Elle m’attendait, et j’ai changé mes plans. Elle s’est proposée, et les marques que j’ai laissées sur son épaule n’étaient pas les premières qu’elle portait. Nous nous voyons depuis ça. Nous sortons ensemble, mais aussi avec d’autres. Je n’ai jamais prétendu qu’elle était la seule, et elle non plus. Bien que je sois le seul vampire. J’imagine qu’il y a une limite à la quantité de sang dont elle peut faire don. On n’en parle pas, et c’est aussi bien comme ça, des questions n’aideraient pas le moins du monde. Jusqu’à ce soir.

“Alors ?”, insiste-t-elle. « Qui est Buffy ? »

Elle n’a pas l’air jalouse. Il n’y a pas de place pour la jalousie dans la relation, quelle qu’elle soit, que nous avons. Elle est juste curieuse. Et moi aussi.

“Où as-tu entendu ce nom ?”, je demande, essayant de paraître aussi désinvolte que possible, mais elle peut me lire comme un livre ouvert et elle me sourit doucement.

« C’est quelque chose que tu as dit la nuit dernière. »

Je cligne des yeux et j’essaie de me souvenir. Non, je suis bien certain de ne pas avoir crié son nom. Je ne crie aucun nom. Je ne crie pas, point final.

“Pendant que tu dormais”, dit-elle en voyant mon froncement de sourcils.

J’ai dit son nom pendant que je dormais ? J’ai dit son putain de nom, auquel je n’ai pas pensé, et encore moins dit à haute voix depuis que je suis parti, pendant que je dormais ?

Karen attend toujours une réponse, mais je n’en ai pas à lui donner. Ce nom ne veut plus rien dire du tout, pas pour moi. Plus jamais. Je me lève, je m’habille et je sors rapidement avant qu’elle ne puisse me le demander à nouveau. Avant qu’elle puisse le prononcer à nouveau. En moins de trois heures, j’ai visité quatre bars, vidé cinq bouteilles et cherché la bagarre deux fois. J’ai gagné les deux, évidemment. Je suis peut-être incapable de tuer un stupide être humain, mais je sais toujours comment me servir de mes poings pour infliger un maximum de douleur. Malheureusement, je n’ai pu éviter quelques coups, et quand je retourne chez elle, juste dix minutes avant le lever du soleil, j’ai plutôt l’air… en sang. Mais c’est plutôt approprié, non ? Karen m’attend, et elle insiste pour me soigner même si elle sait aussi bien que moi que ce n’est pas nécessaire. Alors, je reste silencieux et je la laisse nettoyer, désinfecter, recoudre et panser. Je crois que ça fait partie de ses instincts de docteur. Nous retournons nous coucher, et elle se blottit près de moi d’une manière presque protectrice.

Elle ne prononce jamais plus le nom de la Tueuse.


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MessagePosté le : 12 Sep 2003 15:06
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Je veux la suite .... :p

Rowan ... s'il te plait :venere: :bisou:

Bon sang, je ne vais pas tenir, moi ...
:-x

Je t'ai d'is que c'était excellent ... ?
Toutes les fics de cet auteur sont de cette qualité ?
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MessagePosté le : 12 Sep 2003 22:59
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:eek: c'est splendide
+1 avec Aigue, vite vite :eek:
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MessagePosté le : 13 Sep 2003 08:08
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Je n'ai pas résisté, :p ... j'ai lu l'intégralité de la fic en anglais ... mais elle n'est pas finie :( .... et le suspens est intenable ....

Merci Rowan de m'avoir fait découvrir cette auteur :bisou:

EDIT ... en attendant la suite de babystep, j'ai dévoré hier : His Childe, Her Sire, Their Souls (fini à deux heures du matin)
J'adore :jump3: :eyeslove:
C'est spuffy et génial :smile:
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MessagePosté le : 21 Sep 2003 15:58
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CHAPITRE 3 – DE NY, AVEC TOUT MON AMOUR


J’ai travaillé dans l’enfer du Doublemeat Palace seulement ce matin, et pourtant j’ai l’impression d’y être restée pendant trois jours d’affilée. A cet instant, je donnerais tout et même le pire pour avoir mon permis de conduire. Et une voiture. Parce que le permis ne serait pas bien utile sans la voiture. Ce n’est pas que le Palace soit si loin de Revello, c’est juste que je suis si fatiguée. Je ne sais pas, je dois couver la grippe ou quelque chose, ça fait quelques jours que je me sens vraiment pas bien. Richard pense que c’est parce que j’en fais trop, et il a suggéré que je ne patrouille pas pendant quelques nuits et que je me repose. Si seulement je pouvais faire ça. C’est tout simplement impossible. Les vampires et les démons ne feront pas de break parce que Buffy se sent un peu mal.

Finalement, je rentre à la maison et je m’occupe immédiatement de ce qu’il y a de plus urgent. C’est-à-dire, me débarrasser de cette atroce odeur qui me colle à la peau. Ca implique une très longue douche, et j’aurai besoin d’acheter davantage de shampooing et de lait pour le corps, mais je retrouve en fin de compte mon odeur normale de Buffy. C’est ça ou alors mon sens de l’odorat est complètement fichu.

Deuxième priorité : manger. Je suis affamée. Tellement affamée que j’aurais presque pu manger au travail. Presque, mais quand même pas tout à fait. Pourtant, bizarrement, une fois que je suis devant le frigo ouvert, rien à l’intérieur ne me fait vraiment envie. Rien excepté… J’ouvre le congélateur et bien sûr, il reste de la glace au double chocolat fondant. Ce n’est pas vraiment un repas équilibré, mais hey, je suis une adulte, et si je veux manger de la glace pour le déjeuner, je ne vais pas me gêner. Il faudra juste que je cache la boîte tout au fond de la poubelle quand je l’aurai terminée pour éviter le regard réprobateur de Dawn. Et je la finis en effet, mais il n’en restait vraiment pas beaucoup, alors ce n’est pas si grave. Et puis, j’en avais besoin. C’était de la nourriture réconfortante, de consolation. C’était un traitement préventif pour la tâche difficile que j’ai à présent devant moi. Ouvrir le courrier, et payer les factures.

Mes armes sont devant moi – stylo, carnet de chèques, calculatrice- ainsi que mes ennemis – le crédit de la maison, l’électricité, l’eau, les cours, le câble. Nous avons à nouveau le câble depuis que Richard a emménagé. Et je crois que je ne l’ai pas regardé une seule fois, je n’ai jamais le temps. C’est lui qui paie pour ça, et il contribue aussi aux autres dépenses. C’est un parfait petit arrangement. Un parfait petit ami. On ne peut qu’aimer un gars comme lui.

Ouais, je devrais.

Quelques signatures et les factures sont exterminées. Dommage qu’il ne reste pas de glace pour fêter ça. Il faudra que je l’ajoute à ma liste de courses. Une liste qui n’est jamais bien longue, d’ailleurs. Une fois que tout est payé, il reste rarement grand-chose pour le superflu. Heureusement, la glace n’est jamais superflue en ce qui me concerne. Peut-être devrions-nous déménager, trouver quelque chose de plus petit, de moins cher. J’en ai parlé avec Richard. Son idée, en fait, mais ce n’est rien de plus que ça, une idée, pas une quelconque pression qu’il a exercée sur moi. Il ne met jamais la pression sur moi, c’est une des choses que j’aime bien en lui. D’un côté, déménager serait faire preuve de bon sens. Mais de l’autre, c’est toujours la maison de maman. C’est à peu près tout ce qu’il nous reste d’elle à Dawn et moi. Et je suis sûre qu’elle détesterait autant que moi l’idée de la quitter. Donc, non, pas de déménagement encore à l’horizon, pas tant que je peux l’éviter.

Il y a une dernière enveloppe dans mon courrier, mais ce n’est pas une facture. Quelque chose m’intrigue concernant cette enveloppe : mon nom et mon adresse écrits à la main avec une écriture inconnue, irrégulière, des lignes dures et irritées. On dirait presque que le stylo a déchiré le papier à plusieurs endroits. Il n’y a pas l’adresse de l’expéditeur, et le cachet de la poste me fait froncer les sourcils. Est-ce que je connais quelqu’un à New York ? Personne ne me vient à l’esprit. Mon père, peut-être. Il avait l’habitude de nous envoyer à Dawn et moi des cartes postales quand il voyageait. Il n’a pas fait ça depuis très très longtemps cependant. Je me demande s’il est toujours vivant d’ailleurs. Qui nous avertirait s’il était décédé ? Ouh là, pensée sinistre. Retournons à quelque chose d’un peu moins sinistre. Comme, par exemple, qui m’écrit de New York ?

Curieuse, j’ouvre l’enveloppe, et je suis encore plus perplexe quand je découvre qu’il n’y a pas de lettre à l’intérieur. Je suis sur le point de la jeter, quand je sens l’épaisseur entre mes doigts, là où je tiens le bas de l’enveloppe. Troublée, je la retourne, et deux petits objets tombent dans ma main. Mon froncement de sourcils s’intensifie alors que je dépose sur la table les deux morceaux carrés en plastique et en métal et que je comprends ce qu’ils étaient. Avec un doigt légèrement tremblant, je les remets ensemble, reconstituant la puce informatique qui a été cassée en deux morceaux.

Je ne suis pas sûre comment, mais je me retrouve tout à coup assise sur le sol froid de la cuisine, mes poings de chaque côté de moi alors que je refoule l’envie subite de vomir. Il n’y a pas de nom sur l’enveloppe, pas de mot, mais je sais avec une certitude qui me soulève le cœur qui l’a envoyée.

Et je sais aussi que, quelque part, à New York ou peut-être sur son chemin de retour à Sunnydale, Spike, William le Sanguinaire, tueur de deux Tueuses, est à nouveau un meurtrier.

Je mets beaucoup de temps avant de me relever. Terriblement longtemps. Je me sens engourdie, et j’ai froid, et je suis plus fatiguée que je ne l’ai jamais été. J’ai envie d’aller me coucher, d’aller me blottir dans mon lit, de dormir, et de découvrir quand je me réveillerai que tout ça n’était qu’un affreux cauchemar. Mais je ne peux pas faire ça. Je dois protéger Dawn. Et la bande. Et Richard.

Presque sans réfléchir, je compose le numéro de Willow et Tara sur le campus. Elles ne sont pas là, je suppose qu’elles doivent avoir un cours, mais je laisse un message sur leur répondeur. Leur disant seulement que j’ai besoin d’un sort révoquant une invitation à la maison. Et les avertissant au sujet de Spike. Il n’est jamais allé à leur chambre universitaire, ou chez Alex, donc pas besoin d’une formule là-bas. Nous n’avons toujours pas trouvé le moyen d’empêcher un vampire d’entrer au Magic Box, mais je crois qu’il va falloir que l’on y travaille un peu plus sérieusement maintenant. J’appelle Anya à la boutique juste au cas où, pour lui dire au sujet de Spike, et je raccroche avant qu’elle ne puisse dire plus que « oh ».

Willow ne fait plus de magie, mais Tara y touche toujours un peu, et je suis sûre qu’elle n’aura aucune difficulté à jeter le sort avec les directives de Willow. Je crois que j’aurais dû leur demander de le faire il y a des mois. J’ai été stupide. Ca semble si logique, maintenant que je sais. Il quitte Sunnydale, et bien sûr il trouve un moyen de se débarrasser de la puce. Je pense que la seule raison pour laquelle il n’avait pas essayé plus tôt était qu’il voulait que je l’autorise à rester, ce que bien sûr je n’aurais pas fait s’il avait été libre de tuer.

En y repensant, j’ai à nouveau la nausée, et cette fois je ne peux pas la refouler et je me précipite à la salle de bain.

Quand j’entends Dawn qui rentre de l’école, mon estomac est vide depuis un bon moment, mais je suis toujours dans la salle de bain, mon front contre la porcelaine froide, essayant de toutes mes forces de ne pas penser à un certain vampire blond. Je réussis à me lever et après avoir rafraîchi mon visage, je vais à sa rencontre dans la cuisine. Je la trouve en train de regarder dans le congélateur, vraisemblablement en train de chercher quelque chose qui n’y est plus.

“ Il faut qu’on parle.”

Elle me jette un regard bizarre par dessus son épaule, et elle semble plutôt renfrognée quand je lui fais signe de s’asseoir à la table. Je suppose qu’elle peut deviner que quelque chose est arrivé. Elle s’assoit juste devant l’endroit où se trouve toujours la puce cassée, mais elle ne l’a pas remarquée alors qu’elle me regarde et attend. Je m’appuie contre le mur. Le support est plutôt nécessaire à cet instant.

“C’est à propos de Spike”, je lui dis, et le nom dérape légèrement au moment de passer mes lèvres.

Instantanément, son visage s’illumine alors qu’un sourire éclatant s’affiche sur ses lèvres. « Il est revenu ? », demande-t-elle avec impatience. « Est-ce que tu l’as vu ? Est-ce que je peux le voir ? Où… »

“Dawnie, calme-toi”, je l’interromps aussi gentiment que possible. « Il n’est pas revenu. Du moins, je ne le pense pas. Et ce serait mieux s’il ne revenait jamais. »

Son sourire s’efface aussi rapidement qu’il était apparu.

“Pourquoi est-ce que tu dis ça ?”, demande-t-elle froidement.

“Il m’a envoyé sa puce”, je réponds après avoir pris une profonde inspiration. « Il peut tuer à présent Dawnie. Il pourrait tuer n’importe lequel d’entre nous. J’ai demandé à Tara de révoquer son invitation aussi vite que possible, mais tu devais savoir qu’il est dangereux. Si tu le vois, ne… »

“Il ne lèverait même pas le petit doigt sur moi ! », crie-t-elle à moitié alors qu’elle se lève.

“Dawn, tu n’en sais rien…”

“Si, je le sais ! Et tu le sais aussi. Il a promis de me protéger. Il m’a dit qu’il t’en a fait la promesse. Tu ne t’en souviens pas ? D’une façon ou d’une autre, me tuer ne semble pas correspondre aux exigences demandées par le job. »

Elle est juste devant moi à présent, les poings serrés, la colère rugissant dans ses yeux. Elle pourrait être de l’autre côté de la planète et je pourrais lui parler plus facilement que maintenant.

“C’était avant”, j’essaie d’expliquer aussi patiemment que possible. « Avant qu’il ne parte… »

“Avant que tu le fasses partir”, elle me corrige froidement. « Mais ça ne change rien. Spike ne me ferait jamais de mal, jamais. Et si tu le connaissais aussi bien que tu prétends le connaître, tu saurais qu’il ne te ferait jamais de mal à toi non plus. A moins que tu joues à être une garce comme tu le fais maintenant et que tu le mettes assez en colère. Il t’aime, pour l’amour de Dieu ! Est-ce que tu sais au moins ce que signifie ce mot ? »

Je veux stopper ma main, je le veux vraiment, mais je suis comme une spectatrice, incapable de tout à part regarder ma main frapper Dawn. Dieu merci, pas trop fort, juste une petite claque, juste un réflexe, juste… une très grosse erreur.

“Je crois que tu ne le sais pas”, dit-elle avec un calme qui me glace les sangs avant de quitter la pièce. J’entends la porte de sa chambre se claquer. Je devrais sûrement y aller, m’excuser et être sûre qu’elle comprend et…

Là maintenant, le sol de la cuisine est terriblement confortable. Je crois que je vais rester ici un petit peu plus longtemps.
Et je suis toujours là quelques temps plus tard quand j’entends un coup pressant à la porte immédiatement suivi de Willow et Tara qui se précipitent à l’intérieur. Elles me voient alors que je me relève, et l’inquiétude dans leurs yeux grandit.

“Je vais bien”, je déclare avant qu’elles ne puissent le demander. « Juste fatiguée. Est-ce que vous pouvez faire le sort ? »

Bien sûr qu’elles le peuvent. Enfin, Tara le peut. Et va le faire. C’est juste une question de minutes avant que ma maison soit à l’abri des vampires indésirables qui pourraient s’inviter.

“Alors, comment sais-tu qu’il peut tuer à nouveau ?”, me demande Willow une fois que c’est fait et que nous sommes toutes les trois assises dans le salon.

“Il m’a envoyé une lettre”, je réponds, fatiguée. « Pas vraiment une lettre, juste une enveloppe avec la puce à l’intérieur. Joli cadeau, hein ? »

“Mais, il n’a pas dit qu’il revenait pour te tuer, n’est-ce pas ?”, elle continue d’un ton quelque peu dégagé. « Alors peut-être que c’est juste ça, simplement un cadeau, juste pour dire ‘Salut, comment tu vas ? Je m’amuse bien ici…’ »

Elle s’arrête lorsqu’elle se rend compte de ce qu’elle est en train de dire, et sourit d’un air presque désolé. Je suis sûre qu’elle essayait d’être rassurante, mais ce n’est pas ce qu’il en a résulté.

“Nous pourrions… Peut-être pourrions-nous essayer un sort de localisation », Tara suggère doucement.

Je fronce un peu les sourcils, je n’avais pas pensé à ça, mais ça m’a l’air d’être une bonne idée.

“Elle a été postée à New York”, je réponds. « Peut-être pourrions-nous essayer ça, oui. »

En quelques minutes, nous avons trouvé une carte du pays dans un livre de géographie de Dawn, et Tara est en train de faire le sort. Heureusement, ce dont elle avait besoin se trouvait parmi les ingrédients de l’autre sort, si bien qu’elle peut le faire tout de suite. Willow, Dawn et moi sommes en train de regarder, ma sœur a été attirée par les activités magiques mais c’est clair qu’elle est toujours en colère lorsqu’elle me jette des regards de temps en temps. Tara se sert de la puce cassée pour focaliser le sort sur Spike, et nous observons toutes la carte attentivement. Et un petit point lumineux apparaît soudainement sur la page. Un sourire de triomphe apparaît sur les lèvres de Dawn, et elle passe près de moi pour retourner dans sa chambre, marmonnant un ‘je te l’avais bien dit’ dans sa barbe.

Sur la carte, le point lumineux est juste sur l’endroit marqué New York City, et je respire soudainement un peu plus facilement, espérant que, si Spike voulait me tuer ou tuer mes amis, il aurait déjà traversé la moitié du pays, et ne serait pas toujours à New York.

En même temps, et je ne pourrais expliquer pourquoi pour sauver ma vie, il y a une pointe de déception ancrée profondément en moi.

Je n’ai pas le temps d’y songer davantage, parce que Richard arrive alors, et après que je lui ai expliqué ce qui se passe, il essaie de me réconforter. Ce n’est pas de réconfort dont j’ai besoin cependant. Ce sont des réponses à quelques questions. Mais la seule personne qui pourrait répondre se trouve à l’autre bout du pays.


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MessagePosté le : 23 Sep 2003 12:21
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Bientôt la suite? :eyeslove:
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MessagePosté le : 23 Sep 2003 19:55
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Le chapitre 4 est traduit mais doit passer par Kally pour les vérif et les éventuelles bourdes qu'il m'arrive de faire. A la fin de la semaine je pense. :wink:
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MessagePosté le : 23 Sep 2003 20:09
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@Linou, je savais que cela te plairait :bisou:
et la suite est encore mieux :smile:
(et il y a 49 chapitres pour le moment)

Bravo pour ton boulot de traduction Rowan :bisou:
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MessagePosté le : 23 Sep 2003 20:23
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AigueMarine a écrit :
@Linou, je savais que cela te plairait :bisou:
et la suite est encore mieux :smile:
(et il y a 49 chapitres pour le moment)

Bravo pour ton boulot de traduction Rowan :bisou:


Je fais de mon mieux !! :smile:

Merci de rappeler le nombre de chapitres... :oups: :crazy: :arg:

:o J'arriverai au bout, je suis tenace !! :razz:
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MessagePosté le : 23 Sep 2003 20:24
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Et encore, vu la lenteur (géniale :smile: ) de l'évolution des persos ... je crois que le nombre des chapitres dépassera allègrement la cinquantaine :smile:
cooollll :p
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MessagePosté le : 23 Sep 2003 21:44
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Notre 8ème saison est encore plus lente :lol: alors pas grave, je patienterai :)
Et encore mille fois merci pour la traduction Rowan :bisou:
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MessagePosté le : 29 Sep 2003 22:12
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CHAPITRE 4 – ET LA VIE CONTINUE


Depuis l’incident du prénom il y a quelques semaines, je ne suis pas retourné voir Karen. Pas sûr de savoir pourquoi. Pas sûr de savoir non plus pourquoi je suis là ce soir. Habitude. Loi du moindre effort. Affection. Qui sait.

Elle ne me pose pas de question. J’aime ça chez elle. Je ne lui pose pas de question non plus, même si je remarque des marques qui ne sont pas les miennes sur ses seins. Elle a vu que j’ai remarqué cependant, et elle semble un peu déçue par mon manque manifeste de réaction. Je me demande à quoi elle s’attendait.

Quelques heures plus tard, un ongle court et bien limé trace des motifs sur mon torse alors que j’éternise le moment de fumer ma cigarette sans penser à rien. Et puis sa voix s’élève, calme mais déterminée.

« Je veux que tu me changes en vampire. »

Je m’étouffe à moitié avec une bouffée de ma cigarette et je me relève afin de m’asseoir, la délogeant de mon bras contre lequel elle était appuyée. Elle s’assoit aussi, d’abord en ramenant le drap afin de se couvrir, puis en y repensant à deux fois elle le laisse tomber alors que je la regarde.

« Qu’est-ce que t’as dit ?! », je grogne.

“Je veux que tu me changes en vampire”, elle répète sans faiblir.

“Non.”

La réponse est immédiate, automatique, je n’ai même pas besoin d’y penser.

“Pourquoi ?”, elle me demande alors que sa main vient caresser mon dos.

Parce que je ne peux pas tuer, pour commencer. Sauf que ça, elle ne le sait pas. Elle n’a jamais eu besoin de le savoir. Et elle n’en a toujours pas besoin.

« Parce que tes parents sont des gens respectables », je déclare d’un ton ironique, « et ce serait dommage pour eux s’ils devenaient ton premier repas. »

« Je ne ferais jamais… », elle commence d’un air outré, mais je l’arrête immédiatement d’un geste brusque.

“Si, tu le ferais. Sans sourciller ou sans y réfléchir à deux fois. »

Et ça, je le sais pour des raisons très personnelles...

Elle n’a pas l’air convaincu, cependant, et continue d’afficher ce regard têtu qui m’a tant amusé par le passé. Plus maintenant.

“Je les aime”, elle déclare fermement, “et je ne leur ferais jamais de mal.”

“L’amour n’a rien à voir avec tout ça”, je réponds, et je commence à être agacé.

“Est-ce que tu es en train de me dire que les vampires ne peuvent pas aimer ? », me défie-t-elle.

Et pendant une demi-minute, je suis sans voix alors que des mots éloignés résonnent comme un écho dans mon esprit.

On peut aimer d’un amour démesuré. A en perdre la raison.


“Non”, je mens dans ma barbe. « Nous ne sommes pas capable d’aimer. Nous baisons, nous tuons, nous faisons du mal aux autres et à nous-mêmes, mais nous n’aimons pas. »

“Alors tu ne l’aimes pas”, elle continue inébranlablement. « Tu n’aimes pas Buf… »

Avant qu’elle ne puisse finir cette phrase, je bondis littéralement sur elle, et je la cloue sur le lit avec une main sur son cou. Je me glisse dans mon masque de vampire sans y réfléchir et je grogne :

“Tu veux mourir ? D’accord. Meurs. »

Je plonge vers sa gorge, et elle ne bouge pas. Elle crie quand je perce sa chair, et ses mains se dirigent vers ma tête mais au lieu d’essayer de se libérer, elle m’attire plus près d’elle. Son sang semble amer sur ma langue, mais je continue de le boire. Jusqu’à ce que… La prise de ses doigts sur mes cheveux faiblit, et je m’arrête. Elle s’est évanouie. Ma bouche s’immobilise sur son cou, je lèche la morsure avec ma langue, et lentement je referme la blessure. Elle a l’air de dormir. Elle a l’air morte. Elle n’est pas morte cependant. Et elle ne mourra pas ce soir, pas par ma faute. Il se peut qu’elle meure demain sous d’autres crocs, mais ça ne me regarde pas. Plus maintenant.

Je trouve le kit de premier secours qu’elle a toujours dans la chambre, et je m’occupe de son cou. Un ultime échange de faveurs, je suppose. Je m’habille rapidement et je suis prêt à partir avant que le soleil ne devienne un problème, mais d’une façon ou d’une autre je ne peux pas partir sans un mot. Pas une nouvelle fois.

Sur un morceau de papier, je gribouille un mot, le place dans sa main, et puis je pars.

J’ai menti. Nous pouvons aimer. Mais ça n’en vaut pas la peine.
Tout comme rien ne vaut perdre la lumière que tu as en toi.
Prends soin de toi, amour.


Je ne sais pas où je vais. Je sais seulement où je ne vais pas rester, et où je ne vais pas.

Heureusement, il y a suffisamment d’espace entre New York et la Californie.

***

Je regarde intensément, et bien sûr, le second trait bleu apparaît.

Avec des mains tremblantes, je me débarrasse du test, et fais couler de l’eau froide dans le lavabo. Je regarde l’eau couler pendant quelques secondes, l’esprit vide, et je ne comprends toujours pas. Je finis finalement par me réveiller et je lave mes mains avant d’apposer mes paumes humides contre mes joues. Mes yeux se focalisent sur mon reflet dans le miroir, et soudain, enfin, le trait et ce qu’il signifie prennent un sens pour moi.

Je suis enceinte.

Je ne suis pas sûre de savoir si je devrais paniquer ou sourire. Mon reflet paraît afficher quelque chose entre les deux.

Enceinte. Comment cela a-t-il pu arriver ? Ok, je sais comment, ce que je veux dire c’est… Je ne sais pas, ça paraît si bizarre. Je suis la Tueuse, je suis supposée détruire les démons et mourir jeune. Je n’ai même jamais pensé avoir un enfant. Ou plutôt, j’y ai pensé, quand Angel Le Penseur –qui n’a apparemment eu aucun problème à mettre Darla enceinte – a décidé pour moi que je devrais avoir ça. Et à l’époque, l’idée paraissait aussi étrange et impossible qu’elle l’est maintenant. Sauf que maintenant, ce n’est pas juste une idée, pas juste une possibilité dans un futur éloigné, si je vis assez longtemps, si je trouve la bonne personne. C’est ici et maintenant, dans neuf mois ou quelque chose comme ça. C’est effrayant. Comment vais-je élever un enfant ? J’ai déjà tellement de soucis avec Dawn, je vais être une mère terrible. En plus, l’argent manque toujours, et ce sera encore pire. Et les patrouilles ? Comment vais-je pouvoir tuer si je suis enceinte ? Et après ? Et si je me fais tuer en laissant le bébé orphelin et… Ce n’est pas effrayant. C’est terrifiant.

Et en même temps, c’est une des choses les plus magnifiques qui me soit jamais arrivée. Pour une fois, au lieu de tuer, je vais donner la vie. Pour une fois, au lieu de me sentir si vide à l’intérieur, je me sens en fait redevenir vivante.

Il y a des larmes dans le miroir, mais le sourire qui est là aussi démontre que ce sont des larmes de joie.

Soudain, le visage de Richard traverse mon esprit, et je me sens presque coupable de ne pas avoir pensé à lui jusqu’à maintenant. Il va être surpris, parce que ce n’était certainement pas prévu, mais je suis sûre qu’il sera heureux aussi. Je l’ai entendu dire plus d’une fois combien il adorait faire partie d’une grande famille –il a quatre frères et sœurs – et combien il voulait avoir plusieurs enfants un jour lui aussi. Et bien, le « un jour » va être plus tôt qu’il ne l’aurait cru. J’ai hâte de lui dire. Les choses ont été un petit peu tendues ces temps-ci. Avec ce vampire qui s’est rappelé à nos bons souvenirs la semaine dernière, j’ai été plutôt sur la corde raide –je crois qu’être enceinte n’a pas rendu les choses meilleures au niveau de mon humeur. Nous ne nous sommes pas disputés, pas vraiment, mais j’ai surpris cette flamme dans son regard plus d’une fois, comme une question qu’il n’aurait pas posée, comme un doute qu’il n’aurait pas dit à haute voix. Ca devrait effacer ses doutes à notre sujet, j’en suis sûre.

Le temps passe si lentement alors que j’attends que l’après-midi touche à sa fin et que Richard rentre. Dawnie arrive, mais elle est toujours un peu en colère contre moi au sujet du sort, et je ne veux pas lui dire en premier de toute façon. Une fois que je lui aurais dit à lui, je le dirais à Dawn. Je n’ai aucune idée de ce que sera sa réaction, mais je suis sûre que tout finira bien au bout du compte.

Finalement, le futur papa rentre. Je prends sa main et je le conduis sur le sofa, et il sourit alors qu’il me demande ce qui se passe. Je prends une grande inspiration.

“Tu sais, cette grande famille dont tu parlais ? Et bien, on a déjà un peu d’avance. »

Il paraît un peu perplexe, alors je crois que je n’ai pas été suffisamment claire. « Je suis enceinte », je clarifie, et je ne peux m’empêcher de lâcher un petit rire devant son regard ahuri.

“Enceinte ?”, dit-il quand il a finalement retrouvé sa voix. « Comment ça peut être possible ? Je veux dire, nous avons toujours… »

Sa voix diminue dans la confusion, et je prends sa main dans la mienne.

“Pas toujours”, je lui rappelle doucement. « Il y a eu quelques fois… »

Il acquiesce. “Désolé pour ça”, il marmonne tout en s’excusant.

Et avec ces trois mots, la température dans la pièce tombe instantanément, proche de zéro.

“Alors”, dit-il d’un air gêné, ses yeux évitant clairement les miens. « Qu’allons-nous faire à ce sujet ? »

“Qu’allons-nous faire ?”, je répète, complètement assommée.

“Je veux dire, c’est probablement mieux si nous réglons ça aussi vite que possible. Plus facile pour toi, aussi. »

“Régler ?”

Je semble être bloquée sur le mode “repeat”. Je suis juste incapable de dire ce qui est en train de se passer ici. Il ne peut pas suggérer ce que je pense qu’il est en train de suggérer. N’est-ce pas ?

“Tu as dit que tu voulais un tas d’enfants”, je m’efforce de dire.

Libérant sa main de la mienne, il se lève et passe ses doigts dans ses cheveux, me rappelant quelqu’un qui n’a absolument rien à faire dans cette discussion.

« C’est vrai », il acquiesce. « Mais pas maintenant. Pas si tôt. Nous sommes trop jeunes pour avoir un enfant Buffy. »

Trop jeunes ? J’ai vingt deux ans, il en a vingt quatre. C’est trop jeune ? Instinctivement, mes mains se posent sur mon ventre. Est-ce que l’être qui est en train de grandir en moi sait que je suis trop jeune ? On ne dirait pas.

“Tu ne peux pas me demander de… régler ça”, je dis d’une voix tremblante, incapable de prononcer le mot.

“Et tu ne peux pas me demander d’être prêt parce que tu as décidé que tu l’étais », il répond, et il y a quelque chose qui ressemble de très près à de la suspicion dans son regard maintenant.

“Je n’ai rien décidé”, je démens son accusation silencieuse. « C’est juste arrivé. Et pour le meilleur ou pour le pire, j’aurai cette enfant. »

Il acquiesce une nouvelle fois, et m’adresse un petit sourire triste. « Je crois que tu as raison », dit-il calmement. « Parce que c’est ce que tu as décidé, et tu fais toujours ce que tu veux, n’est-ce pas ? Quand as-tu écouté mes suggestions ? Je crois que je ne devrais pas m’attendre à ce que tu commences à écouter ce que je pense maintenant alors tu ne l’as jamais fait auparavant. Alors, vas-y, mets ce bébé au monde si c’est ce que tu veux. Mais ce sera ton enfant Buffy. Seulement le tien. »

Mon esprit refuse toujours de comprendre ce qu’il veut dire quand il ajoute, la peine clairement perceptible dans sa voix alors qu’il évite mon regard à nouveau : « Je vais prendre quelques affaires pour la nuit. Je viendrais chercher le reste demain. »

Et juste comme ça, il sort de ma vie. Un homme de plus s’éloigne de moi.

Je m’efforce de me contenir jusqu’à ce que j’entende la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer, et sa voiture s’éloigner. Et puis, je me laisse aller. J’attrape un coussin sur le canapé, enfonce ma tête dedans et laisse les larmes couler. Juste quand je commençais à me sentir heureuse à nouveau, un coup supplémentaire m’est assené, me ramenant au niveau le plus bas, où j’ai été depuis si longtemps maintenant que je me demande si j’en sortirai un jour. Je ne sais pas combien de temps je reste là, à pleurer jusqu’à ce que les larmes se tarissent, et finalement ce sont juste des sanglots sans larme qui secouent mon corps. A un moment, des bras m’entourent, des mots réconfortants me sont murmurés, et après un instant je me rends compte que Dawn est en train d’essayer de me calmer. Elle ne me demande rien, elle caresse juste mes cheveux et me laisse sangloter encore un peu sur ses genoux. Je veux lui demander, demander au monde entier, pourquoi est-ce que ça continue de me tomber dessus, pourquoi je ne peux pas être heureuse, pourquoi il est parti… et puis, une partie de moi réalise que celui pour qui je suis en train de pleurer n’est pas l’homme qui a refusé d’être un père pour mon enfant. Et cette prise de conscience ne fait qu’apporter des flots de larmes supplémentaires.

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MessagePosté le : 30 Sep 2003 00:11
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vivement la suite :jump3:

*au supplice*

ça finit toujours en plein suspens :crazy:
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MessagePosté le : 01 Oct 2003 20:52
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Pour Linou !!! :smile: Enfin, pour tout ceux qui lisent mais vu que y'a que Linounette qui se manifeste... :D

Citation :

CHAPITRE 5 – LES YEUX BLEUS


Neuf mois. Presque une année entière. Qui aurait pu penser qu’elle passerait si vite ? Pas moi. L’année dernière a semblé durer un siècle, mais on dirait que c’était seulement hier que j’ai réalisé que j’étais enceinte. Le temps a une étrange manière de s’étirer et de se resserrer sans rime ni raison.

Ce n’est pas que ça a été facile tous les jours, loin de là. Mais ça n’a pas été aussi difficile que ça aurait pu l’être étant données les circonstances. Mes amis se sont montrés superbement à la hauteur, m’aidant dans de nombreuses tâches, comme ils le font toujours il me semble, même quand je suis trop aveugle pour le remarquer. Dawn m’a surprise aussi, et elle a agi avec plus de maturité que je ne l’en aurais cru capable, au point que parfois j’ai eu l’impression que c’était elle la grande sœur, pas moi. Elle a un job après l’école, et elle m’aide à gérer notre budget. Elle est plutôt bonne pour ça.

Quand je leur ai annoncé que j’étais enceinte, les Scoobies sont restés silencieux pendant une minute, des regards ont été échangés pendant que j’attendais leur réaction en pensant qu’eux aussi désapprouveraient. Et puis, ils ont réagi. Avec une étreinte collective et la déclaration ferme que cet enfant était déjà un Scooby, et qu’en tant que tel, ils feraient tout pour le protéger. Et moi aussi. Ils m’ont donc interdit de patrouiller. Quand j’ai protesté que je ne pouvais pas abandonner la ville aux vampires, ils ont tous été d’accord d’une seule voix pour le faire à ma place. Comme ils l’avaient fait durant l’été un an et demi auparavant. J’étais si touchée que j’ai commencé à pleurnicher et à pleurer toutes les larmes de mon corps à nouveau. Sauf que cette fois, c’était des larmes de joie.

Il y en a eu d’autres, des larmes, durant ces neuf mois, et ce n’était pas toujours des larmes de joie. Il y a eu des jours –et encore plus des nuits- où je me suis sentie si seule, si petite dans un monde trop grand. Mais mes amis et Dawn me remontaient toujours le moral du mieux qu’ils pouvaient. Et il y a eu donc beaucoup de sourires aussi.

Un de ces sourires a résulté d’une remarque en passant d’Alex, un jour, disant qu’il faisait de son mieux pour rendre la vie impossible à Richard au boulot. Je crois qu’il se sent un peu responsable, puisque c’est lui qui m’avait présenté à Richard. J’ai essayé de lui dire que ce n’était pas sa faute, qu’il n’avait rien à se reprocher. J’ai fait mes propres choix, et si j’ai fait une bourde, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Dans un aveu inattendu, Alex a dit ensuite qu’il n’aurait pas dû me forcer à faire ce choix, même indirectement, juste parce qu’il n’aimait pas l’alternative à Richard. Il n’a jamais mentionné le nom de Spike, et moi non plus, mais il n’y avait aucun doute quant au sujet de notre discussion. Quant à la personne dont on discutait. Et Alex a raison. J’ai vu comment lui et Anya ont réagi quand j’ai embrassé Spike, je pouvais imaginer Willow et même Tara réagir de la même manière, et c’est ce qui m’a conduit à ma relation avec Richard. Même s’ils m’ont arraché à des cieux plus cléments, ils sont mes amis, ils sont tout ce que j’ai, et j’avais si peur de ce qu’ils auraient pu faire ou dire si je m’étais à nouveau attachée à un démon… C’est à cause d’eux que j’ai pris cette décision. Mais je ne leur en veux pas. Je m’en veux à moi de ne pas avoir eu le courage de prendre le risque.

C’est plutôt étrange. Et amusant d’une manière déprimante. Demandez-moi de sauver le monde, et je pourrais faire ça, sans hésiter, sans laisser la peur me paralyser. Mais quand il s’agit de ma propre vie, je suis complètement démunie. Je ne sais pas ce qui serait arrivé si j’avais osé ne pas choisir Richard. Je ne sais pas si j’aurais pu être avec Spike. Je veux dire, il peut être tellement agaçant parfois, et il a ses propres projets lesquels, soyons lucides, ne sont pas toujours compatibles avec ceux d’une Tueuse, et il y a le léger problème qu’il est une créature de la nuit. Mais il y a une chose que je sais, même si j’ai refusé de l’admettre en face de lui plus d’une fois, c’est qu’il m’aimait. Il m’aimait vraiment. Et maintenant, j’ai perdu ça et même la possibilité d’essayer. Je ne suis pas sûre de ce que je ressentais exactement pour lui, mais il y avait une certaine alchimie entre nous, beaucoup d’affinités, bien plus qu’il n’y en a jamais eu avec Richard, et ça aurait pu être certainement un début pour aller plus loin, si seulement j’avais osé.

J’ai toujours un peu peur qu’il revienne et qu’il cherche l’affrontement avec la bande ou moi. Plus qu’un peu en fait, particulièrement maintenant. Tara a fait régulièrement des sorts pour le localiser, juste pour vérifier s’il venait vers Sunnydale. Après New York, il a passé quelque temps à Cleveland. Puis, il était à Miami, Dallas, Phoenix, et ça nous a plutôt inquiétés parce qu’il semblait revernir vers la Californie. Et puis, il était à Las Vegas, et il y est depuis trois mois maintenant. Dawn m’a répété qu’il ne nous ferait jamais de mal, et j’ai arrêté de la contredire puisque c’est inutile, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur, je sais trop bien ce que les vampires peuvent faire. Et maintenant que Maryan est là, je suis encore plus inquiète.

Maryan Joyce Summers. Elle est née hier après-midi, bien qu’elle était supposée arriver dans deux semaines. Dawn était à l’école, comme Willow et Tara, et je ne pouvais pas contacter Anya ou Alex non plus. Notre si méticuleux planning pour savoir qui me conduirait à l’hôpital ou qui serait dans la salle avec moi n’aura pas servi à grand chose. J’ai ce sentiment que quand elle grandira, elle fera exactement ce qu’elle aura décidé malgré ce qu’on pourra lui dire – ce sera amusant, non ? Quand ils sont tous finalement arrivés à l’hôpital, elle était déjà là, et tout ce qu’ils ont pu faire, c’est de regarder avec émerveillement ma magnifique petite fille. Exactement comme je la regarde maintenant alors que je la tiens dans mes bras.

Elle a des cheveux châtains clair, très fins, le nez le plus mignon qui soit, dix doigts et dix doigts de pieds –j’ai compté. Elle est magnifique et parfaite. Et elle a des yeux bleus saisissants, comme deux fenêtres ouvertes sur un océan juste avant la tempête. Ca m’a laissé perplexe au début, puisque ni Richard et ni moi n’avons les yeux bleus. Willow a bafouillé à propos de gènes récessifs, et le docteur a fait remarquer que la couleur de ses yeux pouvait changer durant les prochains mois.

J’espère qu’ils resteront bleus.

***

Il y a quelque chose à propos de Las Vegas qui m’intrigue, m’agace, me fascine et m’exaspère tout à la fois. Et je ne sais simplement pas ce que c’est.

Je suis ici depuis quelques mois déjà. Dormant dans ma voiture quand je ne suis pas chanceux, dans la chambre de quelqu’un d’autre quand je cherche un bon coup et un repas, et dans des suites de palaces quand ma chance revient. Ce qui est le cas pratiquement tous les jours en ce moment. J’ai passé du bon temps, beaucoup de bons temps. Alcool, argent, sexe et sang, qu’est-ce qu’un vampire pourrait demander de plus ?

C’est la plus longue période que j’ai passé à un endroit depuis que j’ai quitté New York. Je suis resté à Cleveland quelques semaines, avant de me rappeler que je déteste, mais que je déteste vraiment, la neige depuis ce petit séjour en Russie il y a quelques décennies de ça. Alors j’ai volé vers des cieux plus ensoleillés –ce qui n’est pas la chose la plus brillante qu’un vampire ait bien pu faire, mais qui a dit que j’étais brillant ? Beaucoup de touristes à Miami. Beaucoup de gens voulant essayer une course folle dans les bras d’un vampire. C’était… intéressant. Mais finalement ennuyeux. D’autres villes, d’autres jeux. Jamais de mise à mort. Je n’essaie même plus. Elle m’a neutralisé d’une manière plus efficace que n’importe quelle puce aurait pu le faire. Je la déteste pour ça. Je la déteste parce qu’elle ne me croirait même pas si je le lui disais. Je la déteste parce qu’elle m’a jeté hors de sa vie, et je ne peux pas lui retourner la faveur. Je la déteste parce que la haine est bien plus sécurisante. Je la déteste parce que je n’arrive même pas à la détester vraiment.

“Monsieur ? C’est votre tour.”

Mon attention revient brusquement au présent, aux cartes dans mes mains, aux jetons devant moi, à l’employé du casino me pressant de jouer. Je joue. Et gagne.

J’arrête pour la nuit, avant que mes divagations introspectives m’amènent à perdre tout ce que j’ai gagné jusque là. Je change les jetons en véritable argent, prend une chambre –face au nord, la beauté rousse à l’accueil connaît mes préférences- et je pars en chasse. Si je peux appeler ça une chasse. Il y a seulement un critère alors que j’erre dans le casino animé laissant mes yeux trouver quelqu’un qui m’ira. Pas blonde. A part ça, tout me va. Comme cette brunette aux cheveux courts tentant sa chance à une machine à sous. Je l’observe un instant, imaginant à quoi sa vie ressemble quand elle ne balance pas son argent à Las Vegas. Parce que c’est une touriste, c’est évident. Elle a un tatouage sur son épaule, partiellement visible, le reste étant caché sous son débardeur, et je ne peux m’empêcher de me demander à quoi ressemble le dessin en entier. Si je la joue finement, je devrais le savoir bientôt. Alors que je l’observe, deux autres filles, ayant environ le même âge qu’elle, à peine la vingtaine, la rejoignent et elles parlent pendant une ou deux minutes. On dirait que ses amies veulent aller à un autre casino, mais elle aime bien cet endroit. Je peux entendre qu’elle leur dit qu’elle sent qu’elle va avoir de la chance bientôt, et cette phrase me fait tout simplement sourire. Quand les deux autres gamines sont parties, je m’avance juste derrière elle, et au moment où elle va mettre une autre pièce dans la machine, je mets une des miennes à la place, tout en lui murmurant à l’oreille que c’est une pièce qui porte chance. Elle hausse les épaules et actionne le levier, et je ne sais pas lequel de nous est le plus surpris quand elle gagne. Seulement un millier de dollars ou deux, pas de quoi s’exciter vraiment, mais ses yeux sont grands ouverts quand elle se tourne pour me regarder. Je la joue cool, lui lance mon meilleur sourire, et quand le bout de sa langue humidifie ses lèvres presque d’une manière nerveuse, je sais que j’ai toujours un certain effet sur les dames.

Je lui offre d’aller prendre un verre, et bientôt j’écoute d’une oreille alors qu’elle me raconte sa vie à l’université, ses vacances, et de petites choses comme ça. Elle me dit que mes yeux sont beaux, et récolte pour ce compliment un sourire en coin breveté. Elle me pose des questions aussi, que j’élude, ou auxquelles je mens. Elle sera partie demain, elle n’a pas besoin de savoir grand chose sur moi. Rien de plus que le fait que je sois intéressé. Et apparemment, elle l’est aussi.

« Tu es un monstre ! »

Rectification. Elle était intéressée. Jusqu’à ce qu’elle me voie me transformer en vampire.

D’habitude, ils ne le voient jamais. Je suis assez prudent pour mordre au moment où ils ne réalisent pas ce qui se passe, et ça ne fait qu’accentuer leur plaisir. Ils remarquent rarement les marques avant que je ne sois parti, et je n’ai jamais rien eu à expliquer. Mais contre toute attente, elle a tourné son visage, et elle a vu. Je n’ai pas honte de ce que je suis, je n’ai jamais eu honte, mais son cri de surprise m’a glacé le sang. Son cri, et son regard, mêlé de désir et de dégoût à la fois. J’ai déjà vu ce regard. J’espérais ne jamais le revoir.

Elle saute hors du lit et je ne fais rien pour l’arrêter, je ne la regarde même pas alors que je l’entends se rhabiller. Il y a une pause, comme si elle était en train d’hésiter, et puis elle sort précipitamment.

Pendant un long moment, je reste juste allongé là, sur ce lit trop grand, les bras étendus de chaque côté alors que je regarde à travers la fenêtre les lumières de la ville en bas.

Je vais quitter Vegas.

Je vais quitter ce pays.

Je ne suis pas allé en Europe depuis une éternité. Ma chère vieille Angleterre m’appelle. De la bonne bière. Du vrai football à la télé. Des bâtiments qui sont plus vieux que moi. Oui, c’est un endroit pour moi à présent. Un retour aux sources. De l’autre côté du monde. Loin, très loin de tout ce qui pourrait me rappeler une américaine blonde et agaçante. Demain, je pars.

J’ai juste besoin de faire une petite halte en Californie d’abord, et puis je pourrais reprendre ma route.


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MessagePosté le : 01 Oct 2003 21:02
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La suite, la suite :jump3:

Merci Rowanichou :bisou:
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MessagePosté le : 01 Oct 2003 21:03
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Moi aussi, je lis, Rowan ... mais en fait, je n'ai pas résisté et je la suis en anglais ... je suis même à jour. :jump3:

Bravo pour le boulot de traduction :top:
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:o la physique, c'est poétique :o
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MessagePosté le : 01 Oct 2003 21:44
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AigueMarine a écrit :
Moi aussi, je lis, Rowan ... mais en fait, je n'ai pas résisté et je la suis en anglais ... je suis même à jour. :jump3:

Bravo pour le boulot de traduction :top:


Merci Aigue !! :smile:

Quel intérêt de lire puisque tu connais la suite ?? :aw:

Bof !! Contente de voir que ça vous plaît les filles ! :D
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